UN VENT A DECORNER LES BŒUFS

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Si en France, pays qui a vu naitre Louis Pasteur, on est féru de cachetons et de médecine rigoureuse, en Indonésie, on est comme souvent bien plus conceptuel. Par exemple, avec des noms de maladies aux tournures délicieusement poétiques. Ainsi le diabète se dit kencing manis, « pisse sucrée », et l’anémie kurang darah, littéralement « manque de sang ». C’est parfois la maladie elle-même qui s’avère plus abstraite, comme panas dalam par exemple, « chaud dedans ». Ni poussée de fièvre, ni bouffée de chaleur et encore moins pulsion amoureuse, toutes choses égales par ailleurs, cela s’apparenterait plutôt à des remontées gastriques ou des attaques acides. Bien qu’inconnu de la médecine occidentale, on devine néanmoins ce que ça pourrait être.

Ce qui n’est pas du tout le cas quand on évoque la reine de toutes les maladies de l’Archipel. Celle que tout le monde redoute mais dont l’existence n’a jamais été démontrée, celle que tout le monde attrape mais que le corps médical considère être un mythe, véritable exception culturelle plus que réalité scientifique, cette affection qui, à l’instar de la phobie pour le gluten et le glutamate chez les Occidentaux, ne semble exister que dans la psyché collective indonésienne : masuk angin.

Probablement héritée d’anciennes croyances associant les esprits maléfiques et le vent, l’idée considérablement répandue dans le pays est, que par temps frais, en laissant les fenêtres ouvertes la nuit ou en étant dans une pièce trop climatisée, trop ventilée ou encore en buvant une boisson trop fraîche, vous êtes susceptible de vous faire pénétrer par le vent. Au sens propre du terme, et par les pores de la peau. D’ailleurs, les différents remèdes auront pour but de faire ressortir ce maudit vent. Donc, si vous avez des ballonnements, le nez qui coule, de la fièvre, des courbatures, la diarrhée, la nausée, le hoquet, des frissonnements, des sueurs froides, une baisse d’appétit ou plus généralement que vous ne vous sentez pas bien… c’est la tuile, vous avez certainement laissé entrer le vent.

Ce n’est pas très grave mais il faut agir. Vous pouvez boire un thé chaud, une tisane au gingembre, vous frictionner avec de l’huile de massage, ou mieux encore faire un kerokan. Cela consiste à vous faire tracer des grandes lignes dans le dos en appuyant comme un sourd avec une pièce de monnaie trempée dans l’huile par un shaman, un masseur ou quelqu’un qui passait par là. C’est le même principe que les bonnes vieilles saignées du Moyen-âge et a les mêmes facultés thérapeutiques. On trouve aussi une variante tout aussi efficace avec des ventouses. Et si même un bon jamu comme du Tolak Angin, sorte de baume du tigre en solution buvable, ne vous remettait pas sur pied, en dernier recours, tentez 1 ou 2 cachets de paracétamol. Au point où on en est… Bien sûr, vous êtes en droit de penser que vous avez simplement attrapé la crève. C’est possible. Mais acceptez l’idée qu’en Indonésie, on peut être touché par la grâce, frappé par l’amour et parfois, pénétré par le vent.

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