Une carte pour se désorienter

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« Il était une fois, une Parisienne qui s’était égarée en voyageant de par le vaste monde. Elle ne savait pas où elle voulait aller exactement, mais en tout cas elle était sûre qu’elle ne voulait pas vivre à Paris. Elle chercha, chercha et chercha, jusqu’à trouver l’endroit parfait. Un jour, elle découvrit par hasard une ville bordée de rizières et peuplée d’artistes. Il s’agissait d’Ubud, un lieu que l’on dit fait pour ceux qui se perdent, et ceux qui se trouvent. En effet, la plupart des personnes qu’elle rencontrait étaient à la recherche de quelque chose : la paix intérieure, l’équilibre énergétique, le dépassement de soi. Aussi, elles avaient toutes un point commun, car elles avaient bien souvent perdu leur chemin. Mais contrairement à d’autres résidents, cette Parisienne ne pratiquait ni le reiki, ni le yoga, et ne mettait jamais les pieds dans des sessions d’éveil psychique transcendantal. Pour autant, elle gardait un œil curieux sur ces quêtes de sens. Ainsi, encore par hasard, cette ville lui permit de découvrir sa vraie voie, sans même participer à un seul cours de yoga.

Un jour, elle se perdit dans les ruelles d’Ubud. Elle tourna en rond pendant des heures, bien incapable de retrouver sa route. Elle avait demandé son chemin, mais à chaque fois, s’étant encore trompée de direction, elle s’était perdue un peu plus. À croire que la ville elle-même souhaitait sa propre perte… Mais il ne s’agissait pas de la première fois qu’elle s’égarait, car de toute sa vie elle n’avait jamais eu le sens de l’orientation. Elle finit par s’asseoir dans un coin, en se lamentant sur elle-même. Une grand-mère portant un panier sur la tête s’adressa alors à elle, lui demandant pourquoi elle avait l’air si soucieuse. La Parisienne lui répondit d’une petite voix « Je n’ai aucun sens de l’orientation. Je ne sais me repérer, pas même dans des endroits familiers. Je m’égare partout et sans arrêt ! Je fais tout pour éviter ce problème, mais c’est comme si j’étais toujours obligée de me perdre. » La vénérable Balinaise réfléchit quelques instants, puis lui dit : « Dans la vie, il n’y a pas de problème à éviter et de solution à trouver. Car chaque problème est un moyen de découvrir des opportunités. Peut-être que cette capacité à te perdre n’importe où est un don, un talent à cultiver. » La Parisienne murit ce conseil et retourna dans la rue, non plus pour chercher le chemin qu’elle avait perdu, mais pour observer cette ville. Elle prit un crayon de couleur jaune et un pot de vernis à ongle émeraude, car elle en avait toujours un sur elle, et commença à dessiner une carte. Une carte irrationnelle qui lui permettrait de s’orienter dans son monde illogique. Elle croqua les rues telles qu’elle les percevait, avec ses endroits préférés et ceux qui la faisaient rêver. Elle y dépeint l’atmosphère générale de cette ville en toute liberté pour aider les personnes qui, comme elle, adorent se balader mais se perdent sans arrêt. Elle finit ainsi par enfin accepter son sens inné de la désorientation, à en faire quelque chose d’utile et à trouver la paix intérieure. »

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