TOUCHE PAS A MON CLOPE

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Quand Donald Trump déclarait que le réchauffement climatique était un canular inventé par les Chinois et les accords de la COP 21 une conspiration internationale visant à ralentir l’économie américaine, beaucoup se sont moqués. En Indonésie en revanche, on a très bien compris de quoi il parlait. Car ici aussi, on a l’habitude de la perfidie des puissances étrangères et de leurs tentatives de déstabilisation. Ici, leur cible principale est bien sûr le fleuron de l’économie indonésienne : l’industrie du tabac. Mais comme l’ami américain, on sait tenir bon face aux pressions et aux manipulations. Notamment en restant encore et toujours, et ce depuis 2003, un des seuls pays au monde à ne pas ratifier la convention de l’OMS pour la lutte contre le tabagisme. C’est vrai quoi. Interdit-on le sucre sous prétexte que certains développent du diabète ? A-t-on la preuve irréfutable qu’il existe un lien entre cancer et tabagisme ? Parce que vue d’ici, cette histoire de santé publique, ça ressemble surtout à une attaque contre la souveraineté nationale !

En Indonésie, cigarette est synonyme de kretek. Représentant 90% des parts de marché et mélangeant tabac et clou de girofle, leur nom est une onomatopée du crépitement qu’elles produisent en se consumant. Inventées à Java vers la fin du 19ème siècle dans un but médicinal pour lutter contre les affections pulmonaires, ces cigarettes au goût parfumé et sucré ont dans leur version actuelle une teneur en goudron et en nicotine pouvant aller jusqu’à 2 fois celle des Marlboro rouges. Aujourd’hui, elles sont opportunément érigées en symbole national du pays, de sa culture, de son indépendance, et certains sont même allés jusqu’à demander leur inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO aux côtés du batik, du kriss et de l’angklung.

Pour défendre les intérêts supérieurs de la nation, son identité culturelle, ses petits cultivateurs ainsi que les droits inaliénables de ses consommateurs, il y a la détermination sans faille d’un front uni des géants du tabac. Premiers contribuables du pays participant à eux seul pour 10% des revenus de l’état, berceaux de 3 des 4 plus grosses fortunes du pays et partenaires incontournables de tout évènement sportif ou culturel, ces milliardaires ont le bras long et veillent au grain. Grâce à leur vigilance, on profite toujours en Indonésie d’un paquet au tarif parmi les plus bas de la planète, de sorte que puissant ou misérable et de 7 à 77 ans, toutes et tous ont une chance de pouvoir fumer et par la même occasion de soutenir leur pays.

Et n’en déplaise à tous ceux qui désespèrent de voir la tendance s’inverser, ce sont maintenant 70% des hommes de plus de 15 ans qui donnent leurs poumons et leur argent à la patrie, le tabac s’avérant le 2ème poste de dépense après la nourriture pour une majorité d’entre eux. Mais quoi de plus éloquent encore dans l’affirmation de cette exception culturelle que les célèbres vidéos visibles sur YouTube de ces adorables bambins fumeurs et de leur sucette à cancer qui font chavirer les viewers du monde entier… Irrésistible.

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