System D comme développement

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Pour cette ancienne animatrice d’une émission de débats sur TVRI Bali, le bien-être de ses concitoyens, malmenés par la frénésie touristique de l’île et la répartition inégale des profits, ne pourra être atteint que par la mise en place de programmes de développement durable. Mais plutôt que d’importer des activités économiques étrangères aux habitudes des bénéficiaires, le pari de Kalimajari est de favoriser les potentialités locales et de toujours « faire avec ce qu’il y a sur place ».

Créée par cinq personnes originaires de Bali et Java à la fin de l’année 2001, cette organisation se veut animée par « un même esprit et la soif d’apprendre », selon les termes de sa responsable Widi. La jeune femme est menue et déborde d’énergie. Elle est intarissable sur les buts de son association et les succès déjà enregistrés par plusieurs de ses programmes. Kalimajari avoue des objectifs multiples et diversifiés, reflétant ainsi la générosité sans borne de sa directrice et les capacités très éclectiques de ses collaborateurs.

Cette ONG indonésienne se veut active dans de nombreux domaines. Développement et technologie, tourisme et culture, droit des citoyens et démocratie, et enfin économie sociale sont les quatre axes de travail de cette organisation encore récente qui commence a enregistré des résultats significatifs. Lors des élections présidentielles de 2004, les premières dans l’histoire du pays où les gens ont été appelées à choisir directement leur président, Kalimajari, grâce à des fonds des Nations Unies, est allé dans les villages à la rencontre des futurs électeurs pour les instruire sur la façon de se rendre aux urnes. « Il y avait une véritable soif d’information » se souvient Widi qui ajoute que bien peu d’entre eux étaient au courant de la façon de procéder dans l’isoloir…

Mais les plus grandes réussites de cette ONG sont incontestablement dans le domaine de l’économie sociale, un thème fort dans l’histoire politique et économique de cette Indonésie surpeuplée qui doit gérer sans fin un trop plein de main d’oeuvre et un manque chronique de moyen. L’idée de base de Widi, « valoriser le potentiel local », fait merveille dans les villages où la défiance envers les institutions et leurs représentants est profondément ancrée. L’association indonésienne, bénévole et non gouvernementale, bénéficie donc d’un a priori favorable et Widi affirme n’avoir jusqu’à présent rencontrer que très peu de réticences de la part des villageois.

Le succès principal de Kalimajari réside incontestablement dans le développement de la culture d’algues marines dans plusieurs villages côtiers, notamment à Labasari (Karangasem) et à Musi (Buleleng) où les résultats les plus probants ont été enregistrés. Ces projets ont été financés par l’AUSAID (Agence australienne pour le développement international) et menés dans le cadre du BRF (Bali Rehabilitation Fund), un programme démarré avec l’argent de l’agence américaine USAID au lendemain des premiers attentats islamistes de 2002 et de leurs conséquences catastrophiques sur l’emploi. L’ONG a créé un séchoir spécial pour ces algues, qui en améliore la qualité et donc le prix de vente. Une entreprise de Jakarta, qui fabrique de la gélatine pour les marchés européens, en est le principal client.

D’autres villages, avec des spécificités différentes, allant de la pêche à l’artisanat traditionnel, en passant par la culture du bambou ou du cacao, font également partie de ce programme et ont reçu chacun 50 millions de roupies ou l’équivalent en matériel. L’autre grande victoire de Widi et ses amis se situe à Pengawan, un hameau de la région de Karangasem où la culture locale du salak a trouvé des débouchés importants sous la forme de chips produites grâce à une machine de fabrication indonésienne. La recette s’applique aussi pour le nangka, un pur produit local, fabriqué sans conservateurs, et qui se retrouve sous la forme de kripik dans les supermarchés à un prix plus bas que les équivalents industriels. « Des projets d’implantation dans la grande distribution sont en cours », explique Widi avec satisfaction.

«Maintenant, notre grand rêve est de devenir autosuffisants », poursuit la jeune femme qui souhaite « ne pas dépendre tout le temps de l’extérieur ». A ce propos, elle précise que les cultivateurs d’algues qui utilisent leur séchoir reversent une part de leurs recettes à l’association qui espère ainsi dans un avenir proche pouvoir assurer elle-même ses frais de fonctionnement et payer ses locaux. Parmi les projets, un livre sur la culture des algues marines, « car nous avons accumulé un savoir important dans ce domaine », précise l’ancienne étudiante en planning urbain, et toujours la recherche de fonds. L’Union européenne a déjà refusé deux propositions de Kalimajari. De la lointaine Europe, « Bali est perçu comme un endroit touristique et donc reçoit peu de soutien pour le secteur agraire », commente sans amertume la combattante à l’optimisme inébranlable.

A 29 ans, Widi est toujours célibataire et s’en amuse : « La vie de famille, c’est pour plus tard » concède-t-elle. Situation paradoxale d’une femme dévouée corps et âme à son travail et qui a bien conscience qu’à son âge, la majorité de ses compatriotes, hommes ou femmes, sont déjà mariés. Elle explique cependant que ses parents ont toujours soutenu ses activités et ajoute qu’en tant qu’authentique Balinaise, elle rentre toujours dans son village de Sanghe pour les cérémonies. « Ce pays est riche mais mal géré », poursuit la militante qui reconnaît cependant que depuis le gouvernement de Megawati « des progrès ont été faits dans les domaines sociaux ». Demain, lorsqu’elle sera enfin mariée, l’homme de sa vie devra lui avoir fait la promesse de la laisser travailler. L’Indonésie des petites gens a besoin de son association et c’est là le vrai moteur de sa vie.

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