Sumatra : pédaler au-delà des limites en pays batak

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Sumatra, le lac Toba, les orangs-outangs, les éléphants… un programme alléchant pour les cyclistes assoiffés d’aventures que nous sommes. Nous voilà donc partis à la force du mollet à la rencontre d’un peuple qui maintient encore aussi fidèlement que possible ses traditions. Il vit aujourd’hui quasiment comme il vivait il y a des décennies, il a préservé ses rites, sa culture et son architecture typique qui font les délices des voyageurs et autres touristes qui ne viennent pas encore en masse. Bienvenue chez les Bataks.

Le début de notre périple empruntera toutes sortes de routes depuis le sud de la capitale Medan pour nous mener au fameux lac Toba, qui est aussi un super volcan. Le lac fait 100km de long pour 30km de large. Au plus profond, il fait 500 mètres. Il fut le site d’une massive éruption il y a 75 000 ans, à vrai dire la plus importante de ces dernières 25 millions d’années… Nous nous sentirons tout petits devant ce monstre ! Mais un monstre de toute beauté ! Tout au long de notre chemin, nous allons rencontrer les Bataks, ce peuple de caractère que nous aurons la chance d’apprécier et parfois même, il nous fera partager leur riche culture avec simplicité tout au long de ces deux semaines de périple au nord de cette île attachante. Au fil des routes, des chemins et des sentiers, autour de ce lac immense et somptueux creusé par la puissance tellurique de cette nature si puissante, nous allons nous imprégner d’un ailleurs qui nous enchante.

Mais il ne faut pas oublier que ces deux semaines à VTT seront aussi physiques dans leur ensemble, avec de nombreux cols et ascensions et, sur la totalité du parcours, plus de 8000 mètres de dénivelés positifs nous attendent. Une variété de paysages extraordinaires que nous découvrirons dans le silence de nos bicyclettes mais avec des gouttes de sueur sur le front. Au moment de ce départ tant attendu, tout le monde était bien sûr frais et pimpant au rendez-vous. Prêt pour deux semaines à pédaler et surtout découvrir les merveilles de cette île si lointaine et méconnue pour la plupart des participants. Et il nous faudra bien du courage pour parcourir près de 450km en 11 jours, avec seulement une journée de repos prévue.

Certes, nos six coéquipiers francophones sont tous férus de VTT et prêts à en découdre avec l’asphalte et plus tard la boue de Sumatra. Les premiers jours sont assez difficiles car il fait très chaud et le taux d’humidité dans l’air est très important, nous sommes juste au nord de l’équateur et certains ont un peu de difficulté à s’accoutumer. La première journée et ses 60km nous fait passer dans les palmeraies, nous verrons donc des plantations à perte de vue comme introduction. Le temps de méditer sur l’huile de palme et ses conséquences sur l’environnement… Nous empruntons en fait les larges routes en terre tracées par les tracteurs et autres bulldozers qui sont arrivés ici avec le développement de l’Indonésie et le boum économique de ces dernières années.

Pause enchantée à Bukit Lawang avec les orangs-outangs

Dans tous les villages, les gens sont remarquablement accueillants. Ils ont tous le sourire aux lèvres et cela nous donne du baume au cœur. La première partie de ce trip nous emmène dans une réserve naturelle où nous avons rencontré des éléphants au bord d’une rivière. Un endroit absolument somptueux et très paisible. Les éléphants ne sont pas les seuls animaux que nous avons croisés sur notre passage. Quelques jours plus tard, dans la réserve de Bukit Lawang, en pleine jungle, des singes nous ont fait l’honneur de leur présence, malheureusement nous n’avons pu qu’apercevoir les orangs-outangs, perchés à 20 mètres de haut. Le sanctuaire de Bukit Lawang est le plus important pour cette espèce, avec près de 5000 individus. C’est aussi le point d’entrée dans le fameux parc national de Gunung Leuser. Le centre de préservation du grand primate à Bukit Lawang a été créé en 1973.

Et nous revoilà partis sur les routes de la belle Sumatra, au cœur des plantations de palmiers, direction le lac Toba. La journée est très agréable car nous empruntons des chemins très larges et, sur le bord de la route, les rencontres sont toujours aussi fortuites et pleines d’enseignements, et de souvenirs merveilleux pour l’équipe soudée que nous formons désormais. La suivante l’est un peu moins, car les conditions en ont décidé autrement. Les militaires ont pris possession des lieux et les petits chemins que nous devions emprunter se sont transformés en grandes travées boueuses et ravinées par les camions de troupes. Puis nous sommes passés dans une superbe forêt, malheureusement, là aussi, tracteurs et autres Caterpillar sont passés avant nous. Il a plu en quantité les jours passés et nous avançons dans la boue qui colle aux roues et qui ne font désormais plus qu’un avec le cadre de nos vélos.

Un lac sur une île, lui-même avec une île sur laquelle il y a deux lacs !

Nous passons plus de temps à pousser nos machines qu’à pédaler. Chacun avance comme il peut. Mais nous avons tous signé pour l’aventure alors personne ne se plaint. Cela fera de toutes façons des souvenirs à raconter. Puis nous arrivons enfin. Après avoir repris quelques forces, nous repartons pour l’hôtel sur quatre roues, mais après cinq minutes de trajet, le minibus s’embourbe et nous restons prisonniers de la forêt pendant plus d’une heure. Il fait nuit et malgré nos efforts, nous n’avons pas réussi à le sortir de son bourbier. Alors que la fatigue se fait sentir et que certains manifestent quelques signes d’énervement, par miracle, un 4X4 passe par là. Il nous sort de notre misère boueuse en cinq minutes et nous voilà repartis. Tout le monde retrouve le sourire et commente le dénouement heureux de la situation. Après quelques kilomètres, nous voici au bord du lac Toba. Et là, c’est l’émerveillement après cette journée à lutter contre les éléments. Que ce fut difficile, vraiment, nous avons bien mérité la récompense de ce spectacle à couper le souffle !

Nous passerons tout le reste de la randonnée à arpenter les routes qui longent le bord du lac Toba. Une merveille ! « J’en ai pris plein les yeux aujourd’hui ! » me dit Audrey, une de nos coéquipières. Après une première journée au bord du lac où nous avons alterné vélo et bateau, nous poursuivons vers l’île de Samosir, qui se trouve au centre du lac Toba. Nous y croisons de nombreuses églises catholiques et protestantes. Et surtout, nous nous sommes arrêtés pour manger le midi dans un endroit somptueux, avec une vue magnifique sur le lac et en prime un nasi goreng cuit sur un feu de bois, un régal. Samosir est la cinquième plus grosse île lacustre au monde. Elle mesure 45km par 20km. Elle a elle-même deux petits lacs en son sein ! Plus de 100 000 personnes y habitent. C’est ici, au beau milieu de ce site extraordinaire que nous rencontrons les premiers touristes. Il faut dire que le tourisme s’est déjà bien développé à Samosir. Il y a de nombreuses petites échoppes et de nombreux restaurants et hôtels. De quoi acheter des souvenirs à rapporter à la maison !

Accueillis comme des stars en tournée

Après une journée de repos bien mérité sur ce petit morceau de Samosir, nous mettons le cap vers le sud de l’île. Une journée au cours de laquelle encore une fois, nous en prenons plein les yeux. Nous avons emprunté la route qui longe le bord du lac, avec une vue le surplombant. Lors de cette descente vers le sud, nous avons vu de nombreuses rizières, les premières depuis notre départ. Cette journée est superbe, il fait un temps magnifique. Depuis le début de notre petite expédition, nous avons du beau mais le ciel est souvent gris comme il arrive à cette saison malgré tout. Toute l’équipe a la banane et ça pédale fort même dans les montées !

Ca tombe bien car les derniers jours sont plus sportifs, avec notamment deux belles ascensions dans la même journée. De toute façon, il en faut pour tous les goûts sur un séjour comme celui-ci. Le départ de cette avant-dernière journée se fait en bateau. Et l’accueil des gens à notre arrivée est spectaculaire, nous voilà littéralement en train de prendre un bain de foule ! Sommes-nous des stars de la petite reine ? La soirée qui suit restera certainement un moment fort du voyage. Arrivés à l’hôtel, nous sommes informés sobrement pour des raisons qui nous échappent qu’il n’y aura pas de repas le soir. Nous improvisons et nous trouvons un petit warung dans le village d’à-côté. Nasi goreng et mie goreng pour tout le monde, il n’en faut pas plus pour rendre un cycliste heureux et la très bonne ambiance est finalement au rendez-vous. Tous les enfants du village viennent voir cette drôle d’équipe bruyante que nous formons devant leurs yeux rieurs. Et puis il y aura une autre belle rencontre avec les enfants d’une école sur la route. Que des moments inoubliables pour mes coéquipiers et moi-même. Sumatra à vélo, le nez dans le guidon ? Non, le nez au vent et le cœur sur la main, comme les Bataks.

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