RIO HARYANTO, PREMIER INDONESIEN SUR LA PLANETE F1

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Non, vous ne vous êtes pas trompé de journal, c’est bien la Gazette de Bali que vous avez sous les yeux et non Sport Auto, même si nous allons bien parler de Formule Un dans cet article. A moins que vous soyez indonésien ou féru de cette compétition qui est le pinacle du sport automobile mondial, il y a peu de chance que vous sachiez que depuis le premier grand-prix de la saison 2016, un coureur indonésien est en lice pour le titre de champion du monde. Rio Haryanto, 23 ans, originaire de Solo, est titulaire d’un baquet dans la modeste écurie britannique Manor et s’aligne depuis le grand-prix d’Australie au volant de la MRT05, un bolide bleu et rouge motorisé par un puissant power unit Mercedes.

Le marché automobile indonésien, aujourd’hui premier d’Asie du Sud-Est, est donc entré dans la ronde de la F1. Mais côté marque, c’est le néant. Et côté circuit, malheureusement, les infrastructures à la hauteur de cette compétition n’existent pas. Alors, l’autre angle d’attaque possible pour que l’Archipel brille enfin au firmament de la compétition automobile restait celui des pilotes. Dans les années 2000, il n’y avait toutefois aucun pilote indonésien avec le pédigree suffisant. Ananda Mikola, le plus en vue à cette époque, n’ayant finalement jamais eu la carrure pour y arriver. D’autant que sa carrière et sa côte de sympathie nationale se sont diluées dans un fait divers affligeant (cf. La Gazette de Bali n°44 – janvier 2009).

Car en Indonésie, tout est affaire patriotique, les grands sportifs doivent se montrer aussi bons petits soldats et partager les valeurs d’humilité et de courage du pays. En ce sens, Rio Haryanto est le héros indonésien parfait. Belle gueule, modestie à toute épreuve, détermination inébranlable, carrière irréprochable, il a tous les atouts pour plaire à ses concitoyens et quand le deal avec l’écurie britannique Manor a été annoncé, à la dernière minute, c’est toute l’Indonésie qui a chaviré pour son nouveau champion à l’orée du premier grand-prix de la saison. Alors que la F1 n’était plus diffusée sur les chaines hertziennes depuis quelques années faute d’intérêt et de retombées suffisantes, deux chaînes ont signé au débotté pour les droits de retransmission, prévoyant un engouement national sans précédent pour celui qui n’allait peut-être pas gagner une course pour sa première saison mais au moins atteindre un podium…

A une « poignée de secondes » des premiers…
A la veille du grand-prix d’Australie à Melbourne, en mars dernier, toute l’Indonésie à la fièvre et se plait à rêver d’un exploit de son champion. C’est une affaire nationale. Toutes les chaînes ont envoyé un reporter sur place. Nous savons presque tout de minute en minute sur Rio et les JT de TV One sont tous consacrés à la course depuis le vendredi, jour des premiers essais. Mais après les qualifications, il n’occupe que la 21ème place sur 22 sur la grille de départ. Il a quand même battu son coéquipier allemand Pascal Wehrlein de 15 millièmes de seconde, ce qui est plutôt positif car ce dernier, néophyte comme lui mais protégé de l’écurie Mercedes, a une grosse cote dans le milieu. C’est donc un bon début pour Rio même s’il est loin de la pole de Lewis Hamilton. A plus de 5 secondes, autrement dit un gouffre. Sans doute afin de calmer le désespoir national de le voir sur la dernière ligne, la présentatrice du journal n’hésite pas à lancer : « Mais Rio n’est qu’à une poignée de secondes des meilleurs, il va pouvoir se rattraper, ce n’est pas grand-chose ! »

Rio Haryanto (IDN) Manor Racing MRT05. 25.02.2016. Formula One Testing, Day Four, Barcelona, Spain. Thursday. - www.xpbimages.com, EMail: requests@xpbimages.com - copy of publication required for printed pictures. Every used picture is fee-liable. © Copyright: Moy / XPB Images

Dans un sport où quelques dixièmes de secondes représentent des dizaines de mètres et où chaque millième est compté, la présentatrice n’a sans doute pas mesuré que 5 secondes de retard par tour allaient se transformer en kilomètres de retard à l’arrivée. Mais la présentatrice n’a sans doute également rien à faire de la F1, comme la majorité des Indonésiens d’ailleurs, utilisateurs de deux-roues et qui se passionnent d’autant mieux pour le MotoGP. La F1 et ses subtilités, les forces en présence, les enjeux économiques, les disparités entre écuries, tout cela fait que Rio Haryanto n’aura aucune chance de gagner au volant de sa MRT05. Au mieux peut-il rêver de marquer un point en obtenant une 10ème place au classement d’une course. Mais c’est son coéquipier allemand qui vient de réussir cet exploit au grand-prix d’Autriche début juillet.

Rio Haryanto figure bon dernier depuis le début du championnat. Il a fini quelques courses, toujours à la dernière place, ou a abandonné sur ennuis mécaniques. L’écurie Manor est une petite structure qui n’a pas les moyens de Ferrari ou Mercedes. Avec ses 80 millions d’euros par saison, elle n’a aucune chance de prétendre à la victoire comparé aux presque 500 millions d’euros investis par ces écuries. C’est d’ailleurs pour cette raison que Rio Haryanto a pu accéder à la discipline reine, parce qu’il a payé pour son volant. C’est une pratique courante en F1, les petites écuries qui ont du mal à boucler leur budget font appel à des pilotes payants, des pilotes qui apportent des sponsors. Quelquefois, des états sont même derrière, c’est normalement le cas de l’Indonésie.

« Des pulsa pour Rio »
A l’origine du deal avec Manor, il était prévu que Rio apporte 15 millions d’euros. 5 millions venaient de sa poche, 5 millions de Pertamina et 5 millions du gouvernement indonésien. Au grand-prix d’Australie, accord signé en bonne et due forme, l’écurie anglaise n’avait reçu que la part payée par la famille du pilote. Le reste devait venir par échelonnements. Mais devant les piètres performances de Rio au volant de sa MRT05, l’engouement indonésien est retombé comme un soufflet et les sous tardent à arriver. Il y a quelques semaines, le ministre des Sports et de la Jeunesse avait même tenté de lancer une campagne « Des pulsa pour Rio » avec les opérateurs téléphoniques afin de faire financer la saison du pilote par les Indonésiens eux-mêmes. Sa première idée, tout aussi ridicule et indélicate que ce crowd funding improvisé, avait été de prélever une petite somme chaque mois sur le salaire des fonctionnaires. Tollé général !

Pour toutes ces raisons, la saison du pilote indonésien a rapidement été mise en doute et la presse spécialisée a commencé à dire qu’elle n’irait pas plus loin que le grand-prix de Hongrie fin juillet, faute de paiement supplémentaire. On se demande d’ailleurs comment l’état indonésien a pu imaginer une seule seconde se défausser sur la population ou les fonctionnaires pour honorer ce contrat ? Erreur de communication, de conseil ? Au sein des instances concernées, a-t-on cru un seul instant que Rio allait tenir la dragée haute aux Rosberg, Hamilton, Vettel et autre Alonso avec sa modeste MRT05 ?

Toutes ces démêlées financières n’enlèvent rien au talent de Rio Haryanto qui n’a pas à rougir de sa demi-saison. Il est loin d’avoir été ridicule et d’ailleurs, son palmarès dans les formules inférieures avait déjà prouvé son talent. En tant que fils à papa qui vit son rêve d’enfant, il n’a peut-être pas le « killer instinct » nécessaire pour devenir un champion mais il tient sa place. Il est d’ailleurs respecté dans le paddock et apprécié par Manor Racing qui l’avait déjà signé dans les GP3 Series, en 2010. Selon ses propres dires, son management aurait trouvé un accord et sa saison serait sauvée. Il y aurait quand même encore 7 millions d’euros à verser. Souhaitons-lui de pouvoir finir le championnat et aussi de briller comme l’a fait son coéquipier Pascal Wehrlein. Cela lui garantira une gloire à vie dans l’Archipel car, un peu à l’image d’un Neil Amstrong qui fut le premier homme sur la lune, Rio Haryanto a bien été le premier Indonésien sur la planète F1, un exploit que personne ne pourra jamais lui retirer !

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