UN PETIT JOGGING SUR… LE MONT RINJANI !

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100 kilomètres de course à pied en ne faisant que quelques pauses, ça vous parait impossible ? Imaginez maintenant faire cette course sur le deuxième plus haut sommet d’Indonésie : le Mont Rinjani, le volcan toujours en activité au cœur de Lombok. Ca y est, vos muscles en tremblent déjà ? Bienvenue à la Rinjani 100, une course qui s’étale sur un weekend entier et qui réunit des centaines de participants sur-préparés. Le Français Emmanuel Abadie arrive en 3ème place avec un temps de 34:37:39. Une très belle performance, mais qui reste loin du premier prix récolté par l’Indonésien Fandhi Achmad avec un temps de 33:11:55 ! La médaille d’argent, elle, a été remportée par le Chinois Dongxi Tan. Dans les autres catégories nous avons encore des
champions ! Hervé Huguenot est quatrième du 60 km avec un temps de 16:45:11 et Bruno Serny arrive deuxième du 36 km avec un temps de 07:44:46. Dans les classements féminins, c’est la française Melissa Grayel qui remporte la première place du 36 km en 08:55:38. Ces deux derniers ont d’ailleurs pris le temps de nous transmettre leurs impressions.

La Gazette de Bali : Quelle est l’ambiance durant la compétition ?
Bruno : L’ambiance était simple et familiale. Ce fut très loin des évènements sportifs sponsorisés par de grandes marques de boissons, matraquant les compétiteurs de musique électronique et attirant de nombreux athlètes professionnels. Je fais référence aux courses de type Iron Man ou UTMB. Ici, il n’y a pas de pactole pour le gagnant mais uniquement de la satisfaction personnelle et la gloire le lundi matin au travail. Les coureurs étaient donc là pour le plaisir et pas pour la gagne à tout prix.

Mélissa : Je n’ai malheureusement eu qu’une expérience partielle de celle-ci, ayant passé quasi toute ma course face à moi-même. L’ascension, je l’ai vraiment vécue en solitaire. Ce qui été un challenge supplémentaire pour faire face aux derniers interminables mètres qui précédent le sommet. Deux Indonésiens, probablement des guides, m’ont néanmoins aidé moralement et physiquement en m’encourageant chaleureusement et en me prenant la main pour me tirer. Sans ce pic de solidarité, j’y serais peut-être encore ! Le chemin du retour a été nettement plus « humain » si je puis dire, j’ai croisé tous les autres coureurs encore dans leur ascension. Certains étaient impassibles mais d’autres pleins de bonté et d’énergie, on se tapait dans les mains, s’encourageait et se félicitait mutuellement. Cette solidarité m’a redonné l’énergie nécessaire pour continuer à pousser quand les jambes, elles, commençaient à fatiguer sérieusement. J’ai également passé mes cinq derniers kilomètres avec le coureur Wira Wilantara, nous avons d’ailleurs fini main dans la main, encore un moment très fort dans cette course, que je ne suis pas prête d’oublier !

LGdB : Qu’est-ce qui vous a fait tenir ?
Bruno : Je me le demande encore ! Je n’avais jamais fait de trail auparavant ni d’effort sportif aussi long. Avaler 2800 mètres de dénivelé positif, atteindre le sommet du Rinjani à 3726 mètres puis revenir au point de départ via le même chemin, voilà ce qui était au menu du jour pour les athlètes. Je ne peux pas nier que les 7h44 minutes furent longues ! La montée fut simple car elle relevait d’un effort physique sans exigence technique particulière et je me classe second au sommet. Comme je captais Internet sur mon téléphone en haut, j’ai trouvé amusant de faire un appel WhatsApp à ma famille en leur annonçant mon classement surprise. Après ça, je n’avais plus d’autre choix que de maintenir ma place. Quelle erreur ! En effet la descente fut… vers les enfers ! J’étais motivé pour garder la deuxième position acquise dans la montée donc j’ai pris des risques en m’engageant franchement dans la descente. J’ai fait beaucoup de chutes car je n’ai pas l’habitude de descendre. Egalement, j’ai gaspillé une quinzaine de minutes en me perdant dans la forêt. Pour terminer, je suis tombé à cours d’eau dans les 6 derniers kilomètres ce qui m’a valu des dizaines de crampes. Un calvaire ! J’ai terminé uniquement parce qu’il était hors de question que je perde cette seconde place si durement acquise !

Mélissa : Le mental avant le physique. Je sais que ça peut en révolter certains, mais c’est pourtant comme ca que je cours mes courses. Si on commence à trop penser, à trop s’écouter, on va s’arrêter, toujours plus souvent, toujours plus longtemps ; parce que oui le corps fatigue, les forces s’épuisent, les muscles tirent, les articulations saturent… Finalement au fur et à mesure des kilomètres, des dénivelés, les voyants passent du vert à l’orange pour finir au rouge. Et c’est ici que la différence se fait, peut-on courir avec sa tête plutôt qu’avec ses jambes ? C’est un peu de souffrance quand même… Et dès le début, je me suis personnellement dit que plus j’allais vite, plus tôt se serait fini : hors de question de subir des heures durant, alors fallait pousser toujours plus pour en finir au plus vite ! Et c’est finalement ce que j’ai tant aimé, atteindre ce niveau de « je n’en peux plus » mais pousser encore et grimper les yeux rivés vers un sommet insondable.

LGdB : Y a-t-il une vraie communauté de runners en Asie ?
Mélissa : C’était ma première course en Asie, alors je ne peux pas m’exprimer à l’échelle de l’Asie, mais pour ce qui est de l’Indonésie, oui c’est certain ! Les runners indonésiens se connaissent tous, s’encouragent et se rassemblent. J’ai d’ailleurs été impressionnée de réaliser la famille qu’ils se sont créée, c’est génial humainement et sportivement !

Prêt pour l’année prochaine ? Les inscriptions débutent généralement en septembre pour une compétition en mai. Pour les sportifs intrépides qui choisiraient de se lancer dans l’aventure, assurez-vous d’être préparé et en bonne condition physique. Les 100 kilomètres sont réservés aux participants ayant déjà couru au moins les 60 ou les 36 km ou ayant fait une course similaire d’ultra rail ou un triathlon de distance iron. Les organisateurs précisent qu’ils se déchargent de toutes responsabilités en cas de fatigue extrême, de problèmes digestifs et de défaillance des organes internes, des douleurs musculaires, les blessures physiques et des problèmes psychologiques. C’est tout dire !

Cassandre Bachellier

www.rinjani100.com

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