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Pour se déplacer d’île en île dans un archipel volcanique aussi large que le continent européen et traversé essentiellement par des routes de campagne, la raison voudrait qu’on choisisse la voie des airs. D’ailleurs, on entend dire couramment que l’industrie aéronautique est ici toujours en pleine croissance. Mais pour peu que votre choix soit guidé par d’autres considérations telles que l’envie de voir l’Indonésie défiler par une fenêtre plutôt que par un hublot ou que votre destination se trouve éloignée des aéroports, dans ce cas le bus constituera plus que jamais une excellente alternative.

Bien sûr, quand on parle de bus en Indonésie, les 1ères images qui viennent en tête sont celles de voyages interminables au bout de la sueur, de longues heures passées à se coller et à se décoller d’inconfortables banquette en similicuir, d’atmosphères humides envahis par la fumée des kretek et par le son d’un dangdut nasillard, de compagnons d’infortunes qui après s’être relayés pour savoir si vous étiez marié et si vous aviez des frères et sœurs, bercés par le roulis de la route, finissent tous par s’endormir paisiblement en vous laissant seul avec votre mauvaise humeur et une terrible envie de pisser.

Mais ça, c’était avant. De nos jours, il faut être sacrément en recherche d’authenticité ou vraiment très mal renseigné pour se retrouver dans une telle galère. Quand on parle de bus, il va sans dire qu’on parle de Bis Executive. Et qui dit Executive, dit attention le grand jeu : du bus Mercedes ou équivalent coréen, du fauteuil inclinable avec accoudoir escamotable, de l’oreiller et de la couverture, de la clim en veux-tu en voilà, une télé au plafond, du wifi, des aqua gelas, des cacahuètes, des toilettes à l’arrière et bien sûr, tout ça non-fumeur. Au volant, la crème de la crème. Pak Budi, la quarantaine bien sonnée, le ventre rebondi de celui qui gagne bien sa vie et la moustache de celui qui en impose. Il ne s’est pas retrouvé là où il est en étant juste un bon conducteur. Pour pouvoir tenir les délais et une moyenne de 40 km/h, il faut un truc en plus que tout le monde n’a pas. Il faut être berani !

Alliant la dextérité au culot, le sopir berani sait imposer sa loi, celle du plus gros, pour forcer les autres à lui céder le passage. Aucune forme d’empathie ou d’hésitation ne lui sont permises sous peine d’avoir à freiner puis à relancer son mastodonte. Quand il double, il klaxonne, quand quelqu’un arrive en face, il fait des appels de phares. Les 2-roues sont quantité négligeable et les voitures sont des plots au milieu desquels il slalome. Seul les très gros camions semblent un tantinet l’émouvoir. Au final, rien, absolument rien, ne va plus vite que lui et son Bis Executive. Si Maverick avait Goose, Pak Budi peut compter sur Mas Gunawan. Véritable chef de cabine, il s’occupe de tout en dehors du volant et de l’autoradio.

Pourquoi l’autoradio ? Parce que choisir parmi les 3 CD d’anthologie du dangdut lequel on va réécouter, c’est forcément un privilège régalien.

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