Nacivet : la photo en famille

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Jean-Paul Nacivet le dit lui-même : « Mon nom n’est pas connu ! » Il est par contre connu des lecteurs de La Gazette de Bali pour la photo pleine page noir et blanc qui orne le cahier central tous les mois… Et pourtant, ce photographe français de 67 ans fait partie des grands noms de la profession, un nom que toutes les agences photo de la planète ont eu dans leurs contacts à un moment ou à un autre. Au bout de sa longue carrière est née l’idée de monter un business familial à Bali, sous l’impulsion de ses deux enfants, avec l’implantation de quatre galeries qui vendent ses tirages, des images de Bali pour l’essentiel, mais pas uniquement puisque la société PT Nacivet a déjà scanné 350 000 images de la collection du photographe-voyageur. Histoire d’une vie d’aventure mais aussi d’un projet familial…

Ce Vendéen qui vit aujourd’hui en Bourgogne a découvert Bali en 1976 à l’occasion d’un tour du monde avec des amis. Un tour du monde comme on en faisait à l’époque, avec un sac à dos, quelques sous et le sens de la démerde. Jean-Paul Nacivet a donc pris la route un jour, comme beaucoup ici à Bali, et ne s’est toujours pas départi, 40 ans plus tard, de cette élégance cool d’une époque révolue. Souriant, détendu, attentionné, il donne l’impression de quelqu’un à qui la vie a toujours souri. D’origine paysanne, il est le petit dernier de sept enfants, celui que l’on a gâté. Cette liberté qu’on lui a donné petit, il s’en servira ensuite pour s’orienter vers un métier qui lui permettra de s’éloigner du monde agricole. Pourtant, il adore sa campagne, et il en parle encore aujourd’hui avec émotion, notamment en affirmant que ce sont ses paysages qui lui ont donné son « sens graphique ». Il deviendra électronicien, fera son service dans les paras, avant de rejoindre au tout début des années 70 la Compagnie Générale de Géophysique, une boite qui fait de la prospection des sous-sols dans le monde entier et qui va lui permettre de voyager. PORTRAIT BIZ 3

La photographie est sa passion depuis l’adolescence, il a même bricolé son premier agrandisseur avec un cadre de vélo et un phare de Citroën Traction, rejoignant les traces d’un ancêtre qu’il ne connait pas encore, Jules-Henri Nacivet, un inventeur et fabricant d’appareils photo de la fin du 19ème siècle dont il s’enorgueillit de la parenté aujourd’hui, en collectionnant les rares pièces qui ont subsisté. Son premier métier lui fait découvrir la Suède, le Maroc, Madagascar, la Syrie, le Texas. Le goût du voyage s’installe comme une évidence, il fait des photos et l’idée du tour du monde avec des copains prend forme. Il décroche sa première publication photo avec le magazine Partir. A son retour, il travaille chez un importateur de matériel photo et commence à vendre les images de ses voyages à Actuel, Le Figaro, Sciences et Vie et plusieurs titres de Bayard Presse. Ayant rencontré son épouse Danielle lors de son périple autour du monde, il la suit au Japon au tournant des années 80 où elle poursuit sa carrière de mannequin. C’est au pays du soleil levant qu’il décroche son premier contrat d’agence avec Keystone Japan.

« J’ai vécu de la photo sans être connu du grand public. Je ne suis connu que de ceux qui achetaient du droit d’auteur, une époque révolue aujourd’hui avec Internet et les smartphones », explique-t-il. Il rejoint ensuite Pacific Press Service. A son retour en France, il contacte toutes les agences photo du monde et finit par travailler pour 25 d’entre elles. « Au départ, j’adorais faire du paysage, du nu artistique, mais je suis aussi un touche-à-tout. J’ai fait aussi beaucoup de photos de mode, par contre jamais de photos d’actu », ajoute-t-il. Il est aussi un spécialiste des photos abstraites comme en témoigne la série « Abstract Water » qu’il vend aujourd’hui dans les galeries de la société Nacivet. Une société qui n’existe que depuis deux ans et demi et répond au désir de toute la famille. En effet, les deux enfants du couple, Tom et Lou, ont étudié le business de l’art en Australie et sont aujourd’hui essentiels au bon fonctionnement de ce business. Une galerie à Paris devrait ouvrir très bientôt et la famille a déjà reçu des demandes de franchise de Surabaya, de Nice et d’Australie. « Toute l’idée vient de nos enfants, qui ont fait des études de business management. Il s’agit d’exploiter mes archives dont la totalité représente jusqu’à 650 000 clichés », affirme Jean-Paul Nacivet dans un sourire. L’équipe indonésienne de 8 personnes a mis 10 ans à temps plein pour scanner les 350 000 images déjà disponibles. En galerie, la clientèle est essentiellement américaine, australienne, beaucoup d’Asiatiques aussi, dont bien sûr des Indonésiens qui adorent ses photos des années 70, « qu’ils identifient et datent précisément sans jamais se tromper », ajoute-t-il. PORTRAIT BIZ 2

La photographie Nacivet est-elle chère ? Non, pas du tout, et c’est là peut-être que cette entreprise fait la différence avec les autres ici, dont les prix affichés flattent sans doute l’ego de l’artiste exposé mais pas les comptes déficitaires de la galerie. « Mes photos ne sont pas chères et je les vends avec un certificat. Il y a tous les formats, donc c’est facile à rapporter à la maison. Même un routard aura le budget et la place dans son sac pour une de mes photos. Il faut qu’il y ait un produit qui soit à la portée de toutes les bourses », détaille-t-il sur sa politique des prix. Les images sont proposées dans toutes sortes de tailles et d’encadrements. On peut aussi demander des tirages et encadrements spéciaux, comme le fameux face mounting actuellement à la mode, mais là « c’est un produit plus exclusif », nous prévient-il. Autre facette de l’entreprise Nacivet, la décoration de chambres d’hôtels avec des grands tirages, comme celles du Marriott ou du Double Six.

Pour Jean-Paul Nacivet, c’est une chance de vivre cette aventure familiale à Bali. « Ici, ils ont une minutie, je le vois dans leur façon de faire les scans, à l’impression. Au montage des cadres… Il y a une ambiance du tonnerre et nos relations de travail sont vraiment passionnantes », explique-t-il. La PT Nacivet emploie une trentaine d’employés, dont une dizaine à la seule fabrication des cadres. La recette Nacivet ? « Il faut que les gens aient de l’émotion quand il rentre dans la galerie. Il faut que les produits se déclinent pour toutes les bourses. Et il ne faut pas que ça devienne une galerie de posters », répond Jean-Paul Nacivet prosaïquement. Et pour finir, cette devise : « Plus tu laisses de place à l’imaginaire, plus la photo va durer sur ton mur. » www.nacivet.com

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