MEMOIRE : CELEBRER LES LUMIERES DE GUS DUR

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Le 7 septembre a marqué en Indonésie l’anniversaire de la naissance d’Abdurrahman Wahid, le 4ème président de la république d’Indonésie plus connu sous le sobriquet de Gus Dur, disparu il y a 8 ans.

Ancien leader de la Nahdlatul Ulama, l’une des deux plus grosses organisations musulmanes de l’Archipel, Gus Dur n’a fait qu’un court passage à la présidence du pays, avant de devoir faire face à une destitution résultant de manœuvres politiques de ses opposants.

Son franc-parler et ses lumières étaient une chance pour l’avenir démocratique de l’Indonésie après 32 ans de règne du dictateur Suharto mais malheureusement, l’Indonésie n’était pas prête.

Pendant son court passage à la présidence, qui a par ailleurs marqué le vrai démarrage effectif de la reformasi, il a tenté et quelquefois réussi à faire passer certains messages progressistes pour l’avenir du pays.

Parmi ces « révolutions mentales » de Gus Dur, on trouve la reconnaissance du confucianisme comme une des religions officiellement autorisées dans le pays. Présente depuis des centaines d’années dans l’Archipel, cette religion pratiquée par la minorité chinoise n’existait pas encore officiellement.

Il a également mis fin aux discriminations officielles à l’encontre de la communauté chinoise, comme celles leur interdisant l’accès à la fonction publique, ou l’utilisation de leur langue, ou encore l’expression de leur culture.

Le nouvel an chinois est devenu une fête nationale et un jour férié pendant son terme.

Il préconisait également la liberté de culte pour les chiites et les ahmadiyahs, deux communautés musulmanes régulièrement persécutées en Indonésie.

Il avait le projet d’annuler la loi de 1966 interdisant le communisme et l’enseignement marxiste-léniniste.

Il a demandé pardon en son nom, pas au nom du gouvernement, aux victimes des massacres anti-communistes de 1965-66, et avait le projet de le faire officiellement.

Il voulait également établir des relations diplomatiques et commerciales avec Israël.

« Israël croit en dieu. Nous avons des relations avec des pays non-croyants comme la Russie et la Chine, alors pourquoi pas avec Israël ? », se justifiait-il.

Et alors qu’aujourd’hui le concept d’ « islam nusantara », qui fait la promotion de l’islam modéré indonésien sur la scène internationale, est devenu une priorité du gouvernement, il faut là aussi rendre à Gus Dur ce qui lui appartient avec la création de la notion de « pribumisasi islam », ou « indonésisation de l’islam » qu’il fut le premier à conceptualiser.

« L’islam n’est pas synonyme d’arabe », défendait Gus Dur qui a toujours poussé pour cette perception indonésienne d’une religion qui ne s’est jamais réformée ni adaptée au fil du temps sur ses terres d’origine.

Paradoxalement, il est aussi celui qui a proposé à la province d’Aceh sécessionniste d’avoir la possibilité d’être régie par la charia lors des pourparlers de paix engagés avec la guérilla indépendantiste Gerakan Aceh Merdeka (GAM).

La mémoire de ce grand leader indonésien progressiste est loin d’être célébrée avec toute l’attention nécessaire année après année.

Il est décédé en décembre 2009 à l’âge de 69 ans.

D’après BBC Indonesia

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