Madeleine Gobeil : ce patrimoine immatériel balinais

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La Gazette de Bali : Qu’est-ce qui vous frappe le plus dans cette crémation ?
Madeleine Gobeil : Le sourire des gens, inconcevable pour nous en Occident dans une circonstance pareille. Et l’accueil, simple, familial et chaleureux, là aussi si loin de nos pratiques occidentales lors d’une cérémonie funèbre. J’ai été fascinée par ce jeune garçon chevauchant le taureau et soulagée que les veuves ne se jettent plus dans le brasier comme ça se faisait encore au XIXème siècle… Au retour de cette crémation, j’étais pleine d’un sentiment de beauté et de silence, mais aussi trempée jusqu’aux os par le déluge qui s’est abattu au moment précis où il a fallu allumer le brasier.

LGdB : Qu’est-ce qui a le plus changé depuis votre premier passage ?
MG : Il semble que le tourisme ait donné un élan positif à leurs traditions, je ressens qu’il y a beaucoup plus de cérémonies maintenant qu’il n’y en avait à la fin des années 80. Grâce à la force de leur religion, les Balinais ont gardé et renforcé leurs traditions. Partout où l’homme blanc a déferlé ou s’est installé, les cultures locales ont été dérangées. J’en sais quelque chose en tant que Canadienne, je mesure bien l’impact que nous avons eu sur les Inuits et les Indiens. Ici, rien de tout ça, les Balinais se fichent de nous, ils nous donnent à voir et c’est tout. Je ne les vois jamais vulgaires, ils sont restés authentiques dans leur manière d’être.

LGdB : Alors, Bali reste éternel ?
MG : Oui, j’ai lu dans plusieurs de vos éditions une réflexion continue sur l’idée que Bali, c’est fini. Il n’en est rien. A l’Unesco, nous faisons depuis plusieurs décennies la promotion du patrimoine immatériel et à Bali, je peux vous dire qu’il est exceptionnel et sans doute unique au monde par sa densité et sa richesse. Même quand j’assiste à un spectacle pour touristes dans un hôtel à Sanur, je peux vous dire que je discerne toujours des gestes d’une grande pureté, quelque chose dans les voix et la musique de très ancien. La danse est source d’équilibre, pour le corps et l’imaginaire, elle me semble au cœur de ce patrimoine immatériel balinais.

LGdB : C’est ce patrimoine immatériel qui fait tout le sel de Bali ?
MG : Non, ce sont les contrastes qu’on y trouve, la violence des contrastes. La beauté des gens, des lieux, de leur culture, de leur artisanat et les rues déglinguées, les ordures, le développement immobilier complètement fou.

* Avant de prendre ses fonctions à l’Unesco, Madeleine Gobeil a été journaliste et a eu la chance d’interviewer des pointures aussi prestigieuses que John Steinbeck, Golda Meir, Jean Genet, Marcel Jouhandeau… A l’âge de 15 ans, elle a entrepris une correspondance avec Simone de Beauvoir, une amitié qui durera trente ans, jusqu’à la mort de l’écrivaine en 1986. Depuis de nombreuses années, elle a entrepris une tournée mondiale dans le réseau de l’Alliance Française pour présenter son film
« Le portrait croisé de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir ». C’est à l’occasion d’une projection de son film à Bangkok qu’elle a fait un crochet par Bali.

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