Les scinques, des lézards qui deviennent serpents ?

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Chaque matin, je regarde les lézards qui grimpent sur le mur de mon jardin pour se réchauffer aux premiers rayons du soleil. Le moindre mouvement de ma part les fait se carapater, malgré le besoin qu’ils ont de réchauffer leur corps. Ce sont des scinques, une espèce de lézards que l’on trouve dans les régions chaudes du monde. La plupart des scinques ont le corps lisse et brillant et des jambes relativement courtes. Celui que l’on connait ici est l’eutropis multifasciata, avec ses flancs orange ou jaune vifs. Après les incontournables cicak domestiques, ces scinques sont les reptiles que les visiteurs de Bali vont le plus souvent rencontrer. Certains pondent des œufs mais celui de Bali donnent naissance à des petits vivants.

Les scinques sont actifs le jour et consomment de grandes quantités d’insectes et d’araignées. Ils sont une importante source de nourriture pour les serpents, les oiseaux et les mammifères, et sont fréquemment tués (même si rarement mangés) par les chats et chiens domestiques. Dans les parties boisées de Bali, on peut voir de petits scinques avec une queue bleue métal grimper aux arbres. Ce sont les mâles de l’espèce, les queues des femelles étant d’un marron terne. Quand un mâle approche une femelle, il enroule le bout de sa queue vers l’arrière et la fait vibrer dans l’espoir de l’attirer. Cette parade d’amour miniature est très belle à observer, mais il faut être très patient et s’asseoir sans bouger afin de ne pas les déranger dans leur cour !

On peut les attraper à l’aide d’une canne à pêche, avec une chenille comme appât. Les chasseurs de lézards utilisent aussi des élastiques pour les assommer. Dans les forêts pluviales, j’en ai capturés à l’aide de barrières dérivantes et de pièges à fosses. Le lézard court le long de la barrière jusqu’à ce qu’il tombe dans le trou, d’où on le récupérera plus tard. Les oiseaux intelligents apprennent vite à inspecter les pièges à fosses et si on ne se dépêche pas de collecter les lézards et autres bestioles qui sont tombés dedans, ces oiseaux s’en chargeront ! A la maison, les scinques sont souvent victimes des pièges à colle que l’on pose pour les souris, voilà pourquoi, je n’aime pas m’en servir.

Comme beaucoup d’espèces de lézards, les scinques ont la capacité de se séparer de leur queue lorsqu’ils sont pris par un prédateur. Une fois coupée du corps, la queue gesticule avec vigueur, donnant au lézard le temps de s’échapper. Après quelques temps, une nouvelle aura repoussé, mais contrairement à que l’on croit, la nouvelle queue ne sera pas aussi longue que l’originale. Des vendeurs malins sur les marchés essayent parfois de vendre des lézards à queues multiples, affirmant que ces « lézards à plusieurs queues » ont des pouvoirs magiques curatifs. En fait, ces commerçants font avec précisions des incisions à plusieurs endroits de la queue de la pauvre bête et attendent qu’une nouvelle queue pousse de chacune de ces coupures.

Les scinques ont le syndrome des jambes réduites, au point que pour certaines espèces, les jambes ne sont plus visibles, l’animal ressemblant plus à un serpent qu’à un lézard. Les serpents ont peut-être évolué à partir de lézards comme ceux-ci alors, lorsque nous voyons un scinque avec des jambes atrophiées, nous sommes en fait témoins du processus de l’évolution. De nombreux scinques aiment s’ensevelir. En Afrique, on les appelle « poissons des sables » en raison de leur remarquable capacité à « nager » dans le sable. Dans les régions côtières plus sèches du sud et du nord de Bali vit une espèce dont les jambes sont minuscules. Ils se cachent sous les bûches et les pierres et, s’ils sont dérangés, ils disparaissent rapidement dans le sable ou le sol.

Dans les îles orientales des Moluques et Papua, on peut observer le gros scinque à langue bleue (tiliqua sp.) qu’on retrouve également dans de nombreux endroits d’Australie. Ces bêtes robustes croissent jusqu’à 30cm de long et, quand on les menace, ils se dressent sur l’arrière et sortent la langue bleue qui leur a donné leur nom. A Seram, près d’Ambon, les habitants l’appellent « ular kaki empat », le serpent à quatre pattes. J’ai bien essayé de leur expliquer que c’était plutôt un lézard qu’un serpent, mais je n’ai convaincu personne. De plus, ils croyaient également que les scinques que j’avais capturés étaient venimeux et qu’une seule morsure était fatale. Quand je leur ai montré un de ces scinques à langue bleue en train de me mordre, sans effet immédiat, ils sont revenus le lendemain pour voir si j’étais encore en vie. Voyant que j’étais en pleine forme, ils en ont déduit que j’avais des pouvoirs magiques qui me protégeaient de la morsure mortelle du lézard et j’ai vite acquis la réputation d’être une espèce de sorcier ! En fait, ces « langues bleues » qui se déplacent lentement sont devenus de désirables animaux de compagnie et ils sont désormais protégés dans certains endroits en raison de la diminution des populations sauvages.

Une autre sorte de scinque se trouve le long des plages et a l’habitude singulière de descendre les pentes de sable pour se jeter dans la mer, plonger sous l’eau et se cacher sous un rocher ou dans des algues pour se protéger. L’eau salée n’est pas un environnement facile, mais ces scinques s’y sont très bien adaptés. De couleurs grise et noire, ils se dissimulent parfaitement lorsqu’ils chassent des invertébrés dans les détritus rapportés par la marée haute. Ils sont des indicateurs de l’état de l’environnement et ne supportent pas de hauts niveaux de pesticide. En conclusion, je suis très content de voir autant de ces petits reptiles brillants se dorer la pilule sur les routes qui serpentent dans les rizières.

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