L’ANCIEN PRESIDENT SBY ACCUSÉ D’AVOIR FABRIQUÉ L’AFFAIRE ANTASARI

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En 2009, le tout-puissant chef de l’agence anti-corruption (KPK) Antasari Azhar était jeté en prison pour avoir commandité le meurtre d’un rival dans un triangle amoureux à l’issue d’un procès bancal, entaché de nombreuses irrégularités et approximations. Libéré depuis quelques mois en conditionnelle puis définitivement gracié par le président Jokowi, Antasari Azhar, qui est connu pour sa probité, passe à la contre-attaque. Selon lui, c’est l’ancien président Susilo Bambang Yudhoyono qui est derrière son arrestation, une affaire complètement fabriquée pour l’écarter du KPK…

Aucune personne avec un tant soit peu d’intérêt pour la scène politique indonésienne n’a jamais cru un instant que l’ancien leader du KPK avait pu ruiner sa carrière sans faute à la tête de l’institution pour une histoire très improbable et mal ficelée de crime passionnel. Il en va ainsi de la dangereuse vie politique indonésienne ou la lutte pour le pouvoir implique que tous les coups tordus sont évidemment permis et où la justice est manipulable, au service des intérêts des uns ou des autres.

Antasari Azhar a accusé le mois dernier l’ancien président Susilo Bambang Yudhoyono d’être derrière les charges pour meurtre qui l’ont envoyé derrière les barreaux. Il affirme que l’ancien président SBY a délégué le magnat de la presse et de l’immobilier Hary Tanoesoedibjo (également partenaire de Donald Trump en Indonésie) quelques semaines avant son arrestation afin de lui demander de ne pas arrêter l’ancien gouverneur adjoint de la Banque d’Indonésie Aulia Pohan, pourtant accusé de corruption par le KPK. Aulia Pohan est le père d’une des brus de l’ancien président SBY, l’épouse de son fils Agus Harimurti Yudhoyono, candidat malheureux aux actuelles élections du gouverneur de Jakarta.

Les deux tueurs supposés sont encore en prison
L’ancien leader du KPK a bénéficié d’une grâce de la part du président Jokowi et n’a effectué que 8 ans sur la peine initiale de 18 ans. « Je demande à SBY d’ouvrir sa bouche. Il connaît mon affaire. Je veux qu’il révèle au public ce qu’il a fait et à qui il a demandé de me criminaliser », a dit Antasari Azhar lors d’une conférence de presse qu’il a donné à la police nationale, après avoir porté plainte officiellement entouré de ses avocats. Dans sa déposition, Antarasi Azhar a expliqué que Hari Tanoesudibyo, un proche de la présidence à l’époque, lui avait rendu visite quelques semaines avant son arrestation et lui avait demandé d’oublier la procédure légale engagée contre Aulia Pohan.

Devant son refus, l’homme d’affaires qui a également aujourd’hui des ambitions politiques lui aurait affirmé qu’en la circonstance sa sécurité ne pourrait dès lors plus être garantie. La cour pénale de Jakarta-Sud condamnait ensuite Antasari Azhar à une peine de prison de 18 ans pour avoir organisé le meurtre de Nasrudin Zulkarnaen, alors directeur de la compagnie pharmaceutique d’état PT Putra Rajawali Banjaran. Nasrudin Zulkarnaen a été tué par deux motards alors qu’il se déplaçait dans son véhicule particulier à Tangerang le 14 mars 2009. Les deux hommes auraient eu une maitresse commune, Rani Juliani, une « caddy » d’un club de golf fréquenté par l’élite indonésienne. Jaloux de son rival, le chef du KPK aurait donc commandité son meurtre, exécuté par deux hommes de main. Deux hommes qui sont actuellement toujours en prison et dont Antasari Azhar clament également l’innocence.

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La police va devoir enquêter…
L’ancien président SBY, qui ne s’est pas empressé de réagir officiellement, s’est contenté dans un premier temps de dire par Twitter que ses accusations étaient fausses et qu’Antasari Azhar était instrumentalisé par la présidence actuelle. Il a ensuite développé lors d’une interview donnée à Kompas : « Je pense qu’il est impossible que ce qu’Antasari est train de faire le soit sans l’approbation de ceux au pouvoir. » L’ancien président estime que le gouvernement est derrière cette attaque pour nuire à l’image de sa famille. Et affirme en substance que la libération d’Antasari Azhar accordée par le président Jokowi en est la preuve. Le clan Cikeas, du nom de la résidence familiale de SBY, a été la cible de nombreuses accusations ces derniers temps. Pas nécessairement prouvées mais néanmoins en lien avec le soutien de la campagne de son fils dans les élections de la capitale. On a en effet accusé le clan de l’ancien président d’avoir financé les manifestations musulmanes anti-Ahok de Jakarta, ou encore d’avoir demandé en sous-main au responsable du Conseil des oulémas indonésiens de confirmer la dimension de blasphème dans le procès d’Ahok.

De son côté, Hary Tanoesoedibjo, l’autre personne nommément citée par l’ancien chef du KPK, n’a pas réellement daigné répondre aux accusations. Pour le partenaire de Donald Trump, qui se verrait bien dans la course à la présidentielle de 2019, les déclarations d’Antasari Azhar ne lui ont inspiré que cette petite phrase : « Tout cela, c’est de la calomnie. Je ne veux pas perdre mon temps à y apporter une réponse. » Il faudra donc que la police, qui vient de recevoir une déposition en bonne et due forme, fasse son travail. Le porte-parole de l’institution Martinus Sitompul l’a confirmé et ses équipes vont donc vérifier s’il y a une base criminelle à ces accusations. Antasari Azhar a d’ailleurs demandé devant les caméras que les forces de l’ordre questionnent d’autres personnes liées à son affaire afin de restaurer sa réputation : « Je demande à la police de s’en occuper sérieusement. Je demande à chaque personne impliquée de se comporter de façon responsable. »

Dans cette optique, une convocation de l’ancien président devant les enquêteurs sera inévitable. Jusqu’à présent, SBY, dont le nom a été cité à témoin dans plusieurs dossiers, n’a jamais daigné se présenter devant la justice. Maintenant que son nom est directement cité comme celui qui a fabriqué l’affaire Antasari et qu’il est accusé d’être l’orchestrateur de la chute de l’ancien chef du KPK, pourrait-il se défausser à nouveau sans conséquence ? Rien n’est moins sûr… Mais quelle que soit la bonne volonté de l’ancien président, ces révélations, qui ont provoqué un véritable coup de tonnerre, vont être le cœur du plus gros scandale politique de l’histoire récente du pays.

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