L’AMOUR A LA PLAGE

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Pendant des années, nous nous sommes serrés comme des sardines, parmi requins et morues, sur des dance floors climatisés, pris dans les mailles des filets des clubs aseptisés de Seminyak. Additions salées, discussions houleuses, crevettes javanaises et regards médusés : on touchait le fond ! Le rajeunissement du public et son manque de liquidités obligent aujourd’hui le monde de la nuit à réduire la voilure et le Tout-Bali redécouvre avec bonheur que tous ces kilomètres de plages ne servent pas qu’à faire des châteaux de sable.

Si en France, on a évité le raz-de-marée bleu marine, ici la nouvelle vague prend des airs d’embruns et les beach clubs se lancent dans le grand bain. Alors que Kudeta, Potato Head, Cocoon ou Old Man’s s’étaient déjà considérablement rapprochés des « moule-bites » à défaut de moules-frites, voici que d’autres se jettent à l’abordage de l’indémodable « les pieds dans le sable ». Le retour aux sources, sans talons aiguilles, ni chichis, va-nu-pieds et thons au
naturel ! La Plancha et ses apéros ensablés, 707 et ses sunsets branchés ou Arboon et ses full moon, new moon et certainement bientôt half moon et black moon parties. Elle a bon dos la lune quand même ! Sans oublier Sand Bar à Canggu, le royaume des moussaillons à barbes rouge ou bleue, dont la particularité est d’être le seul endroit du bled à pouvoir dépasser minuit, le capitaine de ce panier de crabes étant le chef du banjar. Ah, le doux chant des sirènes de la Déesse Rupiah !

Sur Bukit, Karma Kandara accueille régulièrement les « Glow Parties » dans sa petite crique de rêve. Une fois par mois, les bernard-l’hermite imbibés de sex on the beach dansent sur des tubes de crème solaire, entre beach boys, pinups nacrées, marins d’eau douce et Jack Sparrow en herbe. Un Moby Dick, sosie de Rocco Siffredi et un brin maquereau avec son string en macramé, se prend un râteau en tentant de rouler une pelle à une belle anémone. Quel sot ! A Nikki Beach, un Rocky de bac à sable à la tête de bulot se déhanche devant une baleine Viking au regard de merlan frit. Il lui parle avec amour de sa Renault Laguna alors qu’elle avait un grain et ne rêvait que de caviar. Il tenta un réchauffement climatique avec une blague vaseuse mais notre petit baigneur se prit une beigne. A Jimbaran, un mollusque marseillais en marcel Bintang s’est échoué. Overdose de crustacés. Non loin de lui, on aperçoit une inscription dans le sable : « Homard m’a tuer ! »

Et puis il y a Beach Haus. Après la pizza disco à Da Maria, le nachos groove de Mexicola, voici le dernier-né de l’imagination débordante de ses créateurs, le nouveau temple de la musique underground berlinoise, nez-à-nez avec plancton et coquillages. Au bout de la plage de Batubelig, vous serez à bon port. A ne pas rater : son dance floor dans la piscine vidée de feu Mozaic, ses pirates jet-setters, son sound system Funktion 1 et son camion ATM mobile garé juste devant. Si, même la banque se rapproche des bigorneaux, alors le « vamos a la playa » devient une tendance dure de la night. S’il ne s’agit pas encore d’un tsunami pour les clubs traditionnels, il y a anguille sous roche et les destins « à la Titanic » de Mint, Koh et Shanghai Baby annoncent galères et vents contraires. Car le meilleur designer d’intérieur sera toujours peu de choses devant l’immensité du Grand Bleu.

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