La police indonésienne à nouveau dans l’oeil du KPK

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Le cas n’a rien de nouveau : un appel d’offres biaisé, quelques hommes à la patte graissée pour favoriser un des candidats au contrat et le tour est joué. C’est la loi des appels d’offres en Indonésie dès lors qu’une institution d’Etat est impliquée. La différence se situe dans l’identité du suspect. Djoko Susilo est en effet le premier général de la police encore en activité à être officiellement déclaré suspect par le KPK. Il aurait favorisé l’obtention d’un contrat visant à fournir des simulateurs de conduite destinés aux candidats au permis de conduire contre substantielle rémunération.

La police, institution dont la mission est de faire respecter la loi mais en se situantelle-même bien au-dessus, a dès lors entamé son habituelle entreprise « antiperte de face ». Elle a d’abord insistépour mener l’enquête seule en interne,un scenario qui se serait terminé commed’habitude par le classement sans suite del’affaire faute de preuves… Devant le refus poli du KPK, la police a alors mis sousverrou pendant vingt heures les preuvesrecueillies par les enquêteurs du KPK au cours de leur perquisition. Se conformant à ses premières déclarations, elle affirmait avoir besoin de ces éléments pour menersa propre enquête interne. Pour le moins étrange puisque la motivation de la police pour faire la lumière sur cetteaffaire n’était pas apparue flagrante jusque-là. En effet, quand l’affaire avait été révélée pour la première fois par le magazine Tempo en avril dernier, lapolice avait nié catégoriquement son implication.

La police a finalement laissé les résultats de la perquisition à la disposition du KPK. La dispute entre les deux institutions ne s’est pas éteinte pour autant. Quelques jours plus tard, la police annonçait avoir identifié les suspects impliqués dans l’affaire. Certains de ces suspects étaient identiques à ceux mis en cause par le KPK. Avec une grosse différence cependant : le général Djoko Susilo n’apparaissait pas dans les suspects de la police. Comme toujours dans ce type d’affaire impliquant les institutions ou les corps constitués du pays, les petits poissons payent pour les gros.

Il semble qu’un accord ait été passé entre la police et le KPK au début de l’année 2012. Un des points de cet accord est que l’institution ayant en premier commencé une enquête devient prioritaire sur le cas. La police a usé de ce point pour justifier son enquête, arguant du fait qu’elle avait débuté son investigation juste après l’ébruitement de l’affaire par Tempo. Or le KPK semble avoir débuté la sienne bien auparavant. Cet accord manque quoi qu’il en soit de substance légale puisque la loi de 2002 sur le KPK prévoit une autorité supérieure pour le KPK dans les affaires aussi menées par la police. Selon la loi, la police doit même arrêter son implication dès qu’une enquête est menée par le KPK. Cette disposition est d’autant plus logique qu’il est invraisemblable d’imaginer la police enquêter efficacement sur l’un des siens, a fortiori quand celui-ci est un général en activité.

Devant cette impasse légale, la police a commencé à remettre en question le caractère éthique de cette enquête,affirmant que le KPK avait omis d’en informer la direction de la police. Outre le fait que cela soit apparemment faux, il est difficile de s’empêcher de sourire quand la police indonésienne s’empare du sujet de l’éthique pour se justifier. Toujours d’après Tempo, la police aurait depuis mis les dirigeants du KPK sur écoutes afin de trouver à tout prix un angle de contre-attaque.

En plus de ne pas respecter la loi de 2002 sur le KPK, la police a donc décidé d’employer tous les moyens à sa disposition pour faire obstruction à la justice. Cela n’est pas sans rappeler la première manche du match entre le KPK et la police, il y a quelques années, quand l’agence anticorruption avait lancé une enquête sur un autre
général de la police. Celui-ci n’avait pas hésité à comparer le KPK à un
gecko (cicak) ayant peu de chance de survivre face au crocodile (buaya) représenté par la police. La police avait alors contre-attaqué en accusant deux officiels du KPK dans une autre affaire.

La police, encore une fois aujourd’hui, est clairement sur la défensive dès qu’il s’agit de se reformer et d’éradiquer la corruption omniprésente à tous les échelons de l’institution. Le public doit s’attendre à ce que cette dernière fasse tout pour noyer le poisson de cette enquête embarrassante. Preuve en a déjà été donnée par le passé quand l’affaire des gros comptes en banque appartenant à des généraux de la police a été rendue publique. Aucune enquête n’a jamais été diligentée officiellement pour connaître l’origine de ces fortunes considérables.

C’est la raison pour laquelle les partisans de la justice considèrent qu’il est si important de s’attaquer aux méfaits obstinés de la police indonésienne. Logiquement, les députés devraient intervenir dans ce conflit. Mais c’est malgré tout peu probable tant ceux-ci sont aussi impliqués dans les pratiques corruptrices et ne souhaitent pas se mettre à dos la police. Le président Yudhoyono lui aussi devrait prendre position. La police nationale est directement sous sa responsabilité et il en nomme personnellement le chef. Son excuse habituelle, affirmant que le pouvoir exécutif ne doit en rien intervenir dans les décisions de justice, est ici sans fondement. Intervenir dans le cours d’une enquête est effectivement interdit. Cependant, le public va continuer à remettre en question le sérieux de l’application de la loi dans ce pays si le président autorise tacitement la police à l’enfreindre et à remettre en cause l’autorité de la seule institution qui lutte un tant soit peu efficacement contre ce cancer de la corruption qui ravage le pays.

La police indonésienne
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