LA PAILLE ET LA POUTRE

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A une époque où les piétons et les vélos s’accaparent les rues des grandes villes européennes et où rouler autrement qu’en covoiturage dans une hybride y est devenu une faute morale, en Indonésie la route reste un lieu de coexistence et de partage où tout le monde trouve sa place. Du scooter au 4×4, de la charrette au taxi, du kaki lima au camion-citerne, on n’a pas la même taille mais on arpente le même bitume. De toute façon, ce n’est pas non plus comme si on avait vraiment le choix.

Alors on fait avec et, pour tout un chacun, les mots à garder à l’esprit sont respect et tolérance. Des notions indispensables pour la sécurité et la santé mentale de tous les usagers qui sont ici chaque jour mises à rude épreuve dans l’enfer du trafic balinais. Et l’enfer, on le sait, c’est les autres. Vu depuis la selle d’un 2-roues, le problème c’est tout ce qui en 4. A savoir des égoïstes qui dans des embouteillages dont ils sont eux-mêmes la cause – drapés dans la certitude d’une certaine supériorité sociale conférée par le fait qu’ils ont eu la sophistication de s’endetter pour acheter la foutue bagnole dans la laquelle ils se prélassent en tapotant sur un smartphone pendant qu’à l’arrière, leur rejeton en surpoids, finit de dévorer son KFC en regardant des dessins animés sur un iPad – se permettent de rouler négligemment à cheval sur 2 files en bloquant ainsi le passage à tous ceux qui pourraient largement se faufiler.

Les mêmes qui ont su mettre un petit supplément chez le concessionnaire pour avoir des options personnalisées mais à qui l’idée de se payer quelques heures de conduite pour apprendre à se garer a complétement échappé. Et sinon, le touriste là, dans son Jimny, il ne pourrait pas nous gratifier de ses clignotants ? Il va les mettre combien de fois les essuie-glaces avant de comprendre que les commandes sont inversées ? Et par pitié, qu’il arrête de fayoter en pilant comme un dingue à chaque fois qu’un feu passe au rouge, ça va mal finir. Anne… Sainte Anne, notre bonne Hidalgo, que ta volonté soit faite à Bali comme à Paris, délivre-nous, on n’a plus la place…

Un vœu pieux évidemment, d’autant qu’on n’est jamais à l’abri d’avoir un jour besoin ou envie d’une voiture. Vu de derrière un volant, on prend conscience qu’il y a un message à faire passer au plus vite à ces hordes sauvages qui dévalent les routes sur leurs bécanes tel un nuage de sauterelles impatientes. Depuis un environnement civilisé, climatisé et insonorisé, on les calcule plutôt bien quand ils sont devant, assez mal quand ils sont derrière, et plus du tout quand il fait nuit. Qu’ils y pensent avant de se faufiler entre un bus et un camion pour gagner 2 secondes. Aussi, s’il y avait moyen qu’ils rangent leurs bebek sur le côté au lieu de perpétuellement se mettre en plein milieu des parkings. C’est pénible d’avoir toujours à se garer en double file dès qu’on achète un truc. C’est du je m’en foutisme ou un besoin d’exister ? Au restau, on ne se met pas à 2 au milieu d’une table de 8 ? Ah non, mais les 2-roues…

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