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J’écris depuis la maison de mes parents dans le Leicestershire et l’Angleterre et l’Indonésie semblent bien distantes l’une de l’autre. Etre ici me donne l’occasion de me rappeler mon enfance, les premières influences qui ont déclenché mon intérêt pour la nature et m’ont finalement amené en Indonésie. Les émissions télé et les écrits de David Attenborough, le Commandant Cousteau et autres fameux naturalistes de cette époque ont eu une influence profonde sur moi. J’ai lu le récit de David Attenborough sur son voyage en Indonésie (dans « Zoo Quest for a Dragon ») et vu le docu en noir et blanc de ce voyage – le tout premier film sur les dragons de Komodo ! Cela a été mon inspiration pour voyager en Indonésie et, bien des années après, j’ai passé plusieurs semaines sur les îles Komodo, faisant du travail de terrain pour mon master sur les dragons. Un rêve d’enfant réalisé !

Plusieurs de mes amis amoureux de la nature m’ont dit que, après avoir vécu si longtemps sous les tropiques, l’histoire naturelle anglaise doit me sembler bien ennuyeuse. En termes de nombre d’espèces, l’Indonésie n’a pas beaucoup d’égales au monde. Bien des animaux et des plantes croissent jusqu’à des tailles énormes et ont des couleurs criantes, et leurs équivalents anglais peuvent sembler minuscules et ternes en comparaison. Pendant les humides et froids hivers anglais, quand les jours sont courts et la nourriture rare, la vie sauvage a tendance à mourir, hiberner ou migrer. Par contraste, le climat chaud et humide indonésien produit une abondance de vie tout au long de l’année.

Mais la nature de l’Angleterre, ou de n’importe quel pays, est en fait unique, et décrire en endroit comme « meilleur » qu’un autre en termes d’histoire naturelle est inapproprié. C’est toujours une joie pour moi de faire des marches dans la campagne anglaise, de soulever des bûches pourries sur les chemins forestiers et d’y découvrir de la vermine, des scarabées et peut-être même un millepatte. Le parc de Bradgate, à une vingtaine de km de la maison de mes parents, a été géré par les hommes depuis près de mille ans. Il est situé sur d’anciens rocs, dans lesquels certains des plus anciens fossiles au monde ont été découverts. Les magnifiques chênes noueux là-bas sont pour beaucoup plusieurs fois centenaires et produisent un des plus riches habitats de la vie sauvage des Midlands. C’est là que j’ai rencontré le seul serpent venimeux d’Angleterre, la vipère péliade.

Alors que je conduis ma bicyclette dans le soleil tardif d’un soir de printemps, la campagne me semble merveilleuse. Le petit cours d’eau qui court le long des champs est habillé d’une végétation d’un vert éclatant, avec des fleurs innombrables étalées le long de ses berges et des nuages d’insectes volant au dessus de l’eau.

Sur le lac à côté du manoir local, sous les canards affamés, parmi les plantes d’eau, nagent de larges quantités de têtards. Un bon signe, parce que grenouilles, crapauds et autre amphibiens ont besoin d’une eau propre et non polluée pour se reproduire. Je me souviens de nous en train de grimper par-dessus la barrière là et de risquer la colère du garde-champêtre et de son fidèle fusil. C’est là que j’ai attrapé mes premiers serpents, qui se contorsionnaient en révolte à leur capture, m’aspergeant de leur odeur infecte. En effet, c’était une grosse couleuvre à collier enceinte qui m’a donné ma première morsure de serpent, à cet endroit ! Bien des années après, je continue encore d’attraper des serpents dans les maisons des gens à Bali, mais avec le délice rajouté de tomber sur un cobra, un bongare ou une vipère !

Les naturalistes anglais, y compris Alfred Russel Wallace, qui ont visité les îles d’Indonésie il y a si longtemps étaient épatés par la riche diversité de la vie qu’ils y ont découverte. Cependant, ils ont aussi été déçus par le manque de fleurs dans la forêt pluviale, observant qu’un seul jardin anglais de la campagne contenait plus de variétés de fleurs vivement colorées que toutes les jungles qu’ils avaient vues !

En Angleterre, il y a eu beaucoup de changements depuis mes premières aventures avec le club local d’histoire naturelle. Des réserves naturelles ont été créées, bien des espèces sauvages sont désormais protégées, mais les couleuvres à collier et les vipères péliades ont disparu. Les cinquante mares naturelles que nous visitions alors ont toute été supprimées et les champs sont désormais recouverts de propriétés. Par conséquent, beaucoup des plantes et animaux survivent aujourd’hui dans les jardins privés.
En Europe, un nombre grandissant de personnes a commencé à apprécier la nature pour elle-même, ainsi que pour les avantages économiques que cela apporte. Les haies vives (certaines desquelles sont vieilles de mille ans) procurent une zone importante pour la vie sauvage britannique. Les animaux peuvent évoluer le long de ces couloirs verts entre les aires de forêts qui dépérissent, et ce sont des havres pour les plantes rares qui échappent à la charrue du fermier. Elles sont désormais protégées par la loi. A Bali, les vallées fluviales procurent un refuge similaire à la vie sauvage bien qu’elles ne bénéficient jusqu’à maintenant d’aucune protection légale. Dans certaines sociétés, les jungles sont des endroits sombres et effrayants remplis d’esprits malfaisants et d’animaux dangereux, alors elles se sentent soulagées lorsque la forêt disparait. Le business moderne voit les endroits sauvages comme des opportunités de revenus, surtout s’ils contiennent des arbres précieux à couper et la possibilité de peu coûteuses conversions en terres cultivables. Les « services écologiques » à long terme des forêts, comme la provision d’eau, la régulation du climat et la protection des terres contre l’érosion et les vagues sont reconnus seulement depuis peu.
Comme le ministre de la Forêt l’a fait remarquer à l’acteur Harrison Ford quand ils se sont rencontrés récemment, à l’inverse des nations développées de l’Occident, l’Indonésie est une démocratie émergente qui a encore un certain nombre de dossiers à régler au sujet de la protection de ses ressources naturelles. Certains pourront voir là une excuse pour continuer à piller les richesses naturelles du pays. Bali, comme la plupart du reste de l’Indonésie, n’est plus l’île de jungle qu’elle fut par le passé. La terre est pour l’essentiel vouée à l’agriculture, entre jardins et rizières, et le développement immobilier y est effréné. Mon bois près de chez moi a récemment disparu pour faire place à 25 maisons. On doit s’enfoncer vers l’intérieur et vers le nord pour découvrir les restes de l’ancienne splendeur naturelle de l’île. Et pour voir des récifs coralliens en condition immaculée, le voyageur doit aller bien loin, vers les îles de l’est.
Certains disent que l’Angleterre est une nation de jardiniers, mais, à Bali aussi, les expatriés aiment recréer la nature dans leurs jardins, fabriquant ainsi un mélange de feuillage exotiques qui rappelle plus une peinture de jungle fantaisiste de l’artiste français Henri Rousseau qu’une vraie forêt pluviale ! Privés de leurs forêts naturelles, les animaux sauvages de Bali cherchent refuge dans ces mini-jungles.

Pendant ce temps-là, ici en Angleterre, je peux sentir l’air frais qui me rappelle où je suis. Les chansons des merles annoncent la lumière du soir qui disparait. Je vais être heureux de mon retour chez moi sous les tropiques, en surplomb d’une vallée, avec une rivière au fond, où les cris des oiseaux sont très différents de la lointaine Angleterre. Protégeons et célébrons la beauté et la diversité du monde naturel partout où nous les rencontrons !

Pour toutes questions sur la vie naturelle en Indonésie, posez vos questions par courriel à rphlilley@yahoo.co.uk, ou sur Facebook à « Ron Lilley’s Bali snake Patrol »

Photo par suraark

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