LA DISCRETION ET NOUS…

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Mon compagnon, Indonésien, est parfois choqué par la manière dont certains bule – notamment français ! – le dévisagent. Ça s’est encore produit hier alors, j’ai suggéré : « Ben… tu portais un beau sarong sundanais, peut-être t’admiraient-ils ?» Oui, mais ici mater ne se fait pas, surtout pas chez les Javanais et les Balinais. En réalité, ils font bien pareil mais ce sont des champions de la discrétion – à croire que certains ont même des yeux dans le dos ! A la limite, si vous vous baladez tout(e) nu(e) dans la rue à Bali, ça ne provoquera aucun remous, on ne lira pas la moindre réaction sur leurs visages mais, bizarrement, beaucoup de gens auront à faire dans le coin à ce moment-là !

Je me souviens d’avoir visité autrefois un adorable petit temple hindouiste en haut d’une montagne à Java. Il était dédié à l’Amour et, sur les jolis bas-reliefs érotiques, les hommes étaient représentés la verge en érection. Parmi les visiteurs se trouvaient des adolescents locaux. Alors que la plupart des gamins de chez nous auraient ricané – « Wouarf !! Il est trop, le mec !! » – eux, se sentant observés, faisaient comme si de rien n’était. Une fois entre eux, ils ont sans doute été pris de fou rire mais, en public, ils ont fait preuve d’une classe et d’une maturité surprenantes !

Un jour, il y a longtemps, on avait fait un arrêt essence avec mon ex, Bram, Indonésien lui aussi. J’étais allée aux toilettes et, quand j’en suis revenue, Bram devisait tranquillement avec le pompiste. Puis nous avons repris la route. Bien plus tard, il m’a dit : « Tout à l’heure ce type m’a demandé si à mon avis tu portais une culotte. – Rho!? Incroyable ! Et qu’est-ce que tu lui as répondu ?! – Istri » (= c’est ma femme). En fait, l’employé avait sans doute pris Bram pour mon guide et comptait partager un instant de complicité entre mecs sur le thème « les étrangères, ces dévergondées ». Mais j’imagine qu’après une réponse aussi digne, il ne savait plus où se fourrer !

Peut-être que le travail routinier et ennuyeux de cet homme, qui plongeait à longueur de journée son grand pistolet dans l’orifice des véhicules, lui avait fait un peu péter les plombs – effets de l’essence au plomb ? Toujours est-il que je ne me serais jamais doutée de la teneur de la conversation entre ces deux Indonésiens ! Pour conclure, si je peux me permettre un petit conseil aux nouveaux venus à Bali – prudence avec vos voisins tout mignons, tout timides : l’air de rien ils sont sans doute déjà bien renseignés sur vous !

Nancy Causse

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