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Le sauveur des tortues de Kuta - La Gazette de Bali – Information sur Bali et l’Indonésie
La Gazette de Bali - Dernière éditionNovembre 2014
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La Gazette de Bali est un journal mensuel de 40 pages, imprimé à Bali et distribué à travers toute l’Indonésie. Seul média francophone en Indonésie, la Gazette de Bali propose un contenu généraliste pour mieux décrypter les cultures indonésiennes et l’actualité de ce vaste pays, grand comme l’Europe. Quelques pages pratiques sur Bali sont plus spécifiquement dédiées aux touristes, aux résidents et aux candidats à l’expatriation.

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Le sauveur des tortues de Kuta

Le sauveur des tortues de Kuta - La Gazette de Bali

I Wayan Wiradnyana voue sa vie à la préservation des tortues de Bali. Ce mois-ci, les reptiles vont commencer à pondre sur la plage de Kuta. Comme tous les ans, Wayan sera là pour veiller à ce que les œufs ne souffrent pas trop de la cohabitation avec les baigneurs. Mais le tourisme est loin d’être le seul danger qui menace l’espèce en Indonésie…

Les temps changent. Les Balinais ne veulent plus avoir l’image de tueurs de tortues. Les reptiles à carapaces qui viennent pondre sur les plages balinaises doivent beaucoup à Wayan, ce jeune homme de 29 ans, diplômé en informatique, qui dédie sa vie de tous les jours, quasiment 24 heures sur 24, à la préservation de leur espèce. Hautement menacées dans les eaux du monde entier, particulièrement en Asie, les tortues marines ne devront leur salut qu’à une prise de conscience générale. Afin d’aider à concrétiser cette révolution des mentalités, 2006 a été décrété « Année de la tortue » dans le Sud-est asiatique et l’Océan indien.

Les tortues de mer viennent toujours pondre à l’endroit où elles sont nées et n’hésitent pas à parcourir des milliers de milles marins, poussées par leur instinct. En 1999, la situation était catastrophique. Les lieux de ponte de Bali, dégradés par le tourisme et l’urbanisation des côtes, n’offraient plus le havre de paix nécessaire à la reproduction, mais surtout, la traque intensive pour la consommation ou le commerce de l’écaille était devenue une menace directe pour la survie des différentes variétés. Wayan est le coordinateur de la branche balinaise de ProFauna, une ONG indonésienne qui lutte pour la préservation des espèces en danger dans l’archipel. Créée en 2001 dans l’urgence, l’agence de Bali a multiplié les actions et les campagnes d’information.

Selon Wayan, « le commerce des tortues à Bali a chuté de 80% depuis », et le nombre d’abattoirs a diminué de façon drastique. Il est vrai que la loi est désormais du côté des écologistes. Six des sept espèces mondiales de tortues de mer croisent dans les eaux territoriales indonésiennes et sont maintenant protégées par la loi. La chasse et le commerce de ces reptiles sont punis de 5 ans de prison et de 100 millions de roupies d’amende. Les autorités locales affichent désormais une plus grande sensibilité aux questions liées aux animaux. Le public suit aussi. ProFauna a réuni plus de 100.000 signatures lors d’une pétition en faveur des tortues. Radio et presse locales enfin, soutiennent leur action.

Ce changement de perception, dans une société où l’on consomme de la viande de tortue depuis toujours, notamment lors des mariages et des rituels de limage des dents, est indissociable des campagnes d’information menées par ProFauna dans les écoles et les villages. La petite histoire veut que désormais, bien que présentés comme de la tortue, les fameux sate utilisés sont en fait du porc. Wayan reconnaît néanmoins que la partie est loin d’être gagnée. Une des conséquences de la nouvelle législation est le développement du marché noir. Le commerce de la tortue étant criminalisé, il devient encore plus juteux et les méthodes employées deviennent mafieuses. Une évolution inquiétante aggravée par la sempiternelle corruption. Inutile de préciser que Wayan et ses amis se sont fait de nombreux ennemis dans le port de Benoa et les menaces de mort sont quasiment leur lot quotidien.

Autre effet pervers de la réussite de l’action menée par ProFauna à Bali, le commerce désormais clandestin est alimenté par des cargaisons en provenance des Célèbes, de Madura, de Riau, du Kalimantan ou de la lointaine Papouasie. Selon un rapport de police, en 2004, près de 3000 spécimens auraient été « importés » à Bali. Les autorités ont déjà mené deux razzias dans les boutiques de souvenirs de Kuta et de Denpasar et brûlé les marchandises en écaille interdites. Enfin, si des progrès notoires ont été enregistrés à Bali, rien ne semble avoir évolué à Yogyakarta (Java Centre), le cœur de l’artisanat indonésien d’écaille de tortue. De nombreuses boutiques de souvenirs de Malioboro et de Kotagede vendent ouvertement et en toute impunité une infinité d’articles. La branche locale de ProFauna presse le gouvernement de prendre des mesures, pour l’instant sans succès…

Reste l’action sur le terrain, pour la préservation des zones de nidification de Bali. Outre la plage de Kuta, celle de Tegal Besar, à Klungkung, est un haut lieu de la reproduction. Mais la côte subit une érosion inexorable et la disparition des cocoteraies de bord de mer a fait s’évanouir ces zones d’ombre tant recherchées pour la ponte. En période de reproduction, la surveillance des plages est effectuée en continu, 24 heures sur 24, explique Wayan, « grâce notamment à l’aide précieuse des Satgas », les garde-côtes qui, depuis 2002, se sont portés volontaires pour cette mission capitale. En effet, les oeufs aussi sont menacés de l’inextinguible avidité des hommes, en raison des vertus aphrodisiaques supposées que leur prêtent depuis des générations certains charlatans de la médecine chinoise.

Pour Wayan, le fils d’enseignants balinais, la lutte continue. ProFauna Bali vit des dons de ses bienfaiteurs. Des entreprises ou des particuliers « très majoritairement étrangers », constate ce natif de Denpasar. Nombre de produits de merchandising à l’image des tortues sont en vente pour réunir des fonds supplémentaires et le soutien de célébrités comme le groupe de rock Slank ou la chanteuse Audy est révélateur de la nécessaire prise de conscience des Indonésiens eux-mêmes. ProFauna est connue pour sa politique radicale, sans doute une obligation pour cette ONG qui ne compte que mille activistes. C’est à la fois beaucoup et peu pour un pays aussi peuplé, aussi vaste et à la faune aussi diversifiée. Il revient donc à Wayan et à ses pairs de ProFauna la lourde tâche de sensibiliser leurs compatriotes au destin des animaux vivant dans leur pays.

ProFauna Bali Office : (0361) 42 47 31, site Web : www.profauna.or.id Pour être tenu informé par courriel : profaunabali@indo.net.id

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