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Massacres de 65-66 : Quand les zéros sont des héros - La Gazette de Bali – Information sur Bali et l’Indonésie
La Gazette de Bali - Dernière éditionSeptembre 2014
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La Gazette de Bali est un journal mensuel de 40 pages, imprimé à Bali et distribué à travers toute l’Indonésie. Seul média francophone en Indonésie, la Gazette de Bali propose un contenu généraliste pour mieux décrypter les cultures indonésiennes et l’actualité de ce vaste pays, grand comme l’Europe. Quelques pages pratiques sur Bali sont plus spécifiquement dédiées aux touristes sur Bali, aux résidents et aux candidats à l’expatriation.

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Massacres de 65-66 : Quand les zéros sont des héros

Massacres de 65-66 : Quand les zéros sont des héros - La Gazette de Bali

Le Festival international du film de Toronto vient de présenter un documentaire de l’Américain Josuah Oppenheimer intitulé « The Act of Killing », sur les massacres de communistes perpétrés en Indonésie dans les années 1965-66 après le coup d’Etat « rampant » du général Suharto. Outre que les études et exposés sur cette période noire de l’histoire de l’archipel sont peu nombreux et qu’il faut donc en saluer l’existence, ce docu original par sa forme et son contenu a littéralement subjugué le public et la critique lors de sa présentation. Plutôt que de monter un film-documentaire conventionnel, incluant interviews et images d’archives, Joshua Oppenheimer a pris le parti de mettre les assassins devant la caméra en leur demandant de revivre leurs forfaits après avoir écrit eux-mêmes un scénario. Il a aussi décidé de ne pas interviewer les victimes. Il y a une dizaine d’années, il avait travaillé sur un projet de film pour lequel il avait rencontré certains survivants « mais ils avaient trop peur de parler. C’était d’ailleurs difficile pour nous aussi car nous étions constamment menacés par la police et les militaires  », a-t-il expliqué sur CNN.

Pour « The Act of Killing », il a donc décidé de portraiturer uniquement les auteurs des atrocités qui, rappelons-le, ont fait plus d’un million de morts parmi les communistes, leurs familles, leurs amis, mais aussi au sein de la communauté chinoise et parmi les intellectuels. Il a suivi à Sumatra Anwar Congo et ses amis, tous aujourd’hui de respectables et admirés dignitaires de l’organisation paramilitaire Jeunesse de la Pancasila, sur les traces de leurs « actions patriotiques » perpétrées il y a presque 50 ans. « La structure du pouvoir dans le nord de Sumatra vient de ces tueurs donc ils bénéficient d’une complète impunité et aussi d’une immunité légale », poursuit-il. Avant d’approcher Anwar Congo, Joshua Oppenheimer a parlé à une quarantaine de membres de ces escadrons de la mort recrutés par l’armée au sein de bandes de voyous (preman) . « Je suis un Américain faisant un film américain. Ils adorent les films américains. L’Amérique les a toujours soutenus et ils pensaient simplement que j’étais de leur côté. Je n’ai pas eu à mentir », dit-il. Le film étant finalement à charge, il n’a donc pour l’instant bénéficié d’aucune couverture presse ici à l’exception de l’anglophone Jakarta Post.

« C’est difficile de croire ce que j’ai vu et j’en suis encore sonné, affirme le critique de cinéma Brian D Johnson sur son blog. Ce film va où personne n’est encore allé.  » On voit donc les leaders de ces escadrons de la mort revivre fièrement leurs crimes devant la caméra, se vantant de tueries et de tortures et organisant une irréelle comédie musicale costumée pour célébrer leur rôle historique dans cette tuerie de masse. « The Act of Killing » est un film « au sujet de tueurs qui ont gagné et du genre de société qu’ils ont bâtie. Anwar Congo et ses amis n’ont pas été obligés par l’histoire d’admettre leur participation dans des crimes contre l’humanité. Au contraire, ils ont écrit eux-mêmes leur propre histoire triomphante et sont devenus des modèles pour des millions de jeunes », peut-on lire ailleurs. « Le réalisateur saisit en effet l’opportunité de montrer comment un régime qui a été fondé sur des crimes contre l’humanité, et qui n’en a jamais été tenu responsable, se projette dans l’Histoire », apprend-on dans un autre commentaire.

"C’est une vision cauchemardesque d’une banale et effrayante culture de l’impunité dans laquelle les tueurs font des plaisanteries sur leurs crimes dans des talk shows à la télé », poursuit un autre article. On voit en effet dans le docu, Anwar Congo et ses acolytes dans une émission de la chaîne nationale TVRI. Ils sont invités au sujet du tournage du film. La sémillante présentatrice explique tout sourire en introduction, comme s’il s’agissait de cafards : « Anwar Congo et ses amis ont développé un système novateur et plus efficace pour exterminer les communistes. Un système plus humain, moins cruel et sans violence excessive. Alors Pak Anwar, vous les avez quand même éradiqués, pas besoin de leur faire mal avant ?  » Pendant que des images montrent un des tueurs garroter un figurant dans une reconstitution du film. Irréel en effet, c’est en Indonésie et nulle part ailleurs… Comme ces images récentes montrant l’ex vice-président Yusuf Kalla vêtu d’un uniforme des Jeunesses de la Pancasila lors d’un de leur meeting et qui affirme à la tribune : « Nous avons besoin de preman pour faire avancer les choses. Pancasila ! »

« En 1965, l’armée les a recrutés pour former des escadrons de la mort parce qu’ils avaient prouvé leur capacité de violence et qu’ils détestaient les communistes qui avaient demandé le boycott des films américains, les plus populaires et profitables dans les salles de cinéma qu’ils rackettaient  », explique un autre article. « Dans cette atmosphère tendue, ils arpentaient les rues, puis se retrouvaient à leur bureau et éliminaient leur quota quotidien de prisonniers. Empruntant une technique qu’il avait vue dans un film de mafia, Anwar Congo préférait étrangler ses victimes avec un câble d’acier. Ils se sentaient tous comme des gangsters qui auraient sauté de l’écran.  » Anwar Congo se vante d’avoir éliminé plus de 1000 communistes à lui tout seul. « Au début, nous les battions à mort mais cela faisait couler beaucoup trop de sang par tout  », explique-t-il à un moment.

Anwar Congo et ses sbires affirment avoir été inspirés dans leur tâche ignoble par nombre de stars viriles du grand écran hollywoodien. Pour mettre en scène leurs reconsti tuti ons devant la caméra d’Oppenheimer, on les voit au maquillage discuter de façon précise comment jouer au mieux leurs rôles respectifs. L’un se vante de viols de fillettes de 14 ans. Dans une autre scène, ils re-jouent le viol et l’assassinat de villageoises et de leurs enfants et la mise à feu de leurs habitations avec des amis, de la famille, comme figurants. Au cours du tournage d’une scène d’exécution, l’appel à la prière du soir les interrompt. On les voit subitement sortir du champ, la caméra coupe, ils ne reviennent qu’une fois leur devoir religieux accompli.

Ces tueurs sont des héros en Indonésie, pour la plupart liés de près à l’actuel gouvernement par des milices puissantes et très populaires. « The Act of Killing est au-delà de l’entendement. C’est comme si Hitler et ses complices avaient survécu puis se seraient réunis pour reconstituer leurs scènes favorites de l’Holocauste devant une caméra  », affirme Brian D. Johnson. « Je voulais comprendre comment cette société, comment ces gens, s’imaginent eux-mêmes d’une façon qui leur permettent de pouvoir célébrer ça  », explique le réalisateur. Aucun n’avoue le moindre remord sauf peut-être, et cela est surprenant, Anwar Congo lui-même qui se sent « légèrement » hanté par ses crimes. Qu’il essaye d’oublier de temps en temps en se saoulant ou en consommant de l’ecstasy ou de l’herbe. Le statut de héros permet donc beaucoup de choses en Indonésie…

En ce début de 21ème siècle et au regard de son poids économique nouveau, on disserte de plus en plus souvent sur les maux qui touchent l’archipel aujourd’hui. Sans doute parce qu’on y pressent un possible acteur majeur dans la région et peut-être même dans le monde. Et ainsi, contrairement à son passé pas si lointain où le pays vivait volontairement hors du monde, politiciens, intellectuels, économistes et journalistes de partout y vont de leurs recommandations sur la façon de le faire avancer. Toutefois, des questions essentielles mériteraient d’être posées en préalable. N’oublie-t-on pas, et les Indonésiens les premiers, que l’Indonésie moderne est construite sur un mensonge fondateur, celui du « coup d’Etat communiste », et sur des massacres d’une portée effrayante restés impunis ? Comment un peuple peut-il retrouver son amour-propre après un traumatisme d’une telle ampleur sans pardon ni réconciliation ? Et enfin, au sujet de cette démocratie nouvellement acquise et largement biaisée, n’y verrait-on pas les mêmes vieux démons aux commandes mais dans des beaux habits plus présentables ? En réponse, reprenons ces propos formulés récemment lors d’un séminaire par le célèbre sociologue Thamrin Amal Tamagola : « L’élite politique d’aujourd’hui est le produit du régime de l’Orde Baru qui continue de se maintenir dans un environnement politique national nouveau. » On s’en doutait un peu.

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