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Circulation, prunes et réglementation ubuesque - La Gazette de Bali – Information sur Bali et l’Indonésie
La Gazette de Bali - Dernière éditionJuillet 2014
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La Gazette de Bali est un journal mensuel de 40 pages, imprimé à Bali et distribué à travers toute l’Indonésie. Seul média francophone en Indonésie, la Gazette de Bali propose un contenu généraliste pour mieux décrypter les cultures indonésiennes et l’actualité de ce vaste pays, grand comme l’Europe. Quelques pages pratiques sur Bali sont plus spécifiquement dédiées aux touristes sur Bali, aux résidents et aux candidats à l’expatriation.

A Bali, les perles arborent un éclat tout japonais

L’économie indonésienne se félicite de l’arrivée du Ramadan

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Trois fameux guérisseurs de Bali au banc d’éssai

Avec Amanaska et Atlantis : l’Indonésie entre terre et mer

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Fanny Paulin : trouver l’amour dans un studio TV

On ne change pas un menu qui gagne : warung Mak Beng à Sanur

Mistral : pas besoin de latex pour mixer sexy

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Fête nationale française le vendredi 18 juillet

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BALIPARAGAMES, deuxième édition

Agenda culturel juillet 2014

Mon Bali, par Sofia Z’Graggen

Ne jamais dire jamais au jamu

Un chef se met à table

Média et culture

par Eric Buvelot | Edition de mai 2013

Circulation, prunes et réglementation ubuesque

Circulation, prunes et réglementation ubuesque - La Gazette de Bali

Le mois dernier, difficile d’échapper à l’affaire Van der Spek, ce journaliste de la TV hollandaise venu à Bali pour filmer sur le vif et à l’insu des protagonistes les petites magouilles de corruption et autres arnaques peu glorieuses que rencontrent en permanence les touristes ici. Ce n’est pas la première fois que l’on peut voir sur YouTube des policiers ou des douaniers indonésiens se livrer à l’exercice décidément perfectible de leurs professions. Reconnaissons que cette fois, la résonnance dans l’agora indonésienne a été plus forte que d’habitude. La « perte de face », échelle de mesure incontournable pour juger ce qui est acceptable ou pas ici, aurait-elle été plus grande que les fois précédentes ? Plutôt que d’essayer d’évaluer l’impact de cette énième affaire qui « salit » l’image de Bali - souvenons-nous de l’article du Time ou du documentaire sur les gigolos (cf. La Gazette de Bali n°61 – juin 2010) - tentons de décortiquer les mécanismes ubuesques de ces règlements qu’on dirait justement avoir été faits pour favoriser ces petits « arrangements » sous le manteau.

Mais avant, résumons le contenu des reportages de Van der Spek : au programme de l’émission de TV batave et donc également disponibles sur le site mondial de vidéos, trois clips réalisés par Van der Spek et son équipe qui ont fait ensuite le tour des télés et des journaux de l’Archipel. Le premier montre un policier verbaliser un touriste (Van der Spek) à mobylette et sans casque – et également sans permis - devant le kiosque de police « Lio Square » au croisement Petitenget-Kerobokan, le deuxième montre Van der Spek et son équipe obligés de soudoyer un douanier pour entrer sur le sol indonésien avec leur matériel de tournage, et le dernier montre un employé de bureau de change agréé expliquer à Van der Spek les manipulations qu’il pratique comme un habile joueur de bonneteau pour voler les touristes.

Nous n’entrerons pas plus loin dans les détails, tout le monde a vu ces vidéos. Le policier qui aligne Van der Spek est quand même bien sympathique et tellement… indonésien. Il est même si sympa qu’il paye une bière à Van der Spek, qu’ils éclusent tous les deux dans le kiosque en devisant gaiement. On imagine à quel point il a dû se sentir trahi ! Enfin, entre nous, à qui une histoire comme celle-ci n’est-elle pas arrivée dès lors qu’on a vécu longtemps ici ? Cette scène pourrait figurer dans un film ou un roman, comme une chronique du temps indonésien, à la fois si naturelle et si vraie, ancrée dans cette comédie humaine que les gens interprètent au quotidien. Pramoedya Ananta Toer n’est pas loin, on pense à une sorte d’antithèse du personnage central de « Corruption », mais c’est le règlement qu’il faut lire ici alors, pas question de faire de la littérature !

Les fautifs ont bien entendu été mis au pilori. Langue de bois officielle, on s’est drapé dans sa dignité en donnant des sanctions disciplinaires à ces agents de la circulation du bas de l’échelon alors que l’énorme affaire de corruption du responsable de la police routière Djoko Susilo - qui se chiffre en dizaines de milliards de roupies - défraye la chronique depuis des mois (cf. La Gazette de Bali n°88 – septembre 2012). Les responsables de l’ordre ont même annoncé qu’ils allaient saisir Interpol pour faire témoigner Van der Spek pour complément d’enquête et aussi « parce qu’il a nuit à l’image de Bali. » Certains journaux locaux ont titré sans hésitation : « La police prend Van der Spek en chasse ». Haussements de ton, effets de manche, le ridicule ne tue décidément pas au « paradis ». Le gouverneur et ancien policier Made Mangku Pastika, pour qui cette affaire tombe au plus mal en pleine période électorale, n’a pas caché sa colère et a rappelé que les corrupteurs étaient tous aussi coupables que les corrompus. D’ailleurs, le kiosque de police de Lio Square est depuis recouvert d’une affiche qui rappelle ce point évident de la loi.

Alors, justement, décortiquons ces lois, ces règlements et les spécificités d’un contexte qui ne peut que favoriser les pratiques illégales. Comme si tout avait été prévu pour servir ce but. Les salaires des policiers tout d’abord : un jeune comme notre sympathique préposé au carrefour Petitenget-Kerobokan débute à 1 300 000 rp alors qu’un général en fin de carrière plafonnera à moins de 5 000 000 rp. Certes, il y a des avantages, des bonus et des défraiements qui viennent grossir leurs émoluments mais pas dans des proportions énormes. Notons, et cela est d’importance, qu’un aspirant à une carrière dans la police devra « payer » sa place en plus de réussir ses tests d’admission. Comme pour tout poste dans la fonction publique et dans l’armée d’ailleurs. Il y a ensuite deux types de poste, ceux qu’on dit basah ou « mouillés », autrement dit qui rapportent car on peut en tirer un profit direct, et les autres, kering ou « secs », bien évidemment moins intéressants car ils ne procureront pas de revenus supplémentaires. Certains candidats n’hésitent pas à se mettre un crédit sur le dos pour acheter leur futur poste.

Tant que le gouvernement ne paiera pas assez ses fonctionnaires, on voit mal comment il pourra les empêcher de « se payer sur la bête ». Si cela occasionne des économies d’un côté, cela crée aussi bien sûr des déficits de l’autre avec toutes ces taxes qui disparaissent à un taux bradé dans la poche des serviteurs de la fonction publique. Penchons-nous alors sur le montant de ces taxes et autres amendes et demandons-nous si le législateur est bien sérieux lorsqu’il en fixe le montant et le contour légal. Restons sur l’affaire Van des Spek. Le policier de Lio Square agite l’épouvantail d’une amende d’1 250 000 rp au tribunal. Il lui compte un défaut de permis (1 000 000 rp) et un défaut de casque (250 000 rp). Et bien qu’il reproche à Van der Spek d’avoir oublié son permis à son hôtel, il lui compte un défaut de permis et non pas un défaut de présentation de permis à 250 000 rp (voir tableau ci-contre). Plus les 250 000 rp de défaut de casque, la prune équivaut presqu’au montant de son salaire.

Ces deux infractions se montent donc à l’équivalent du salaire moyen indonésien ou presque. A titre de comparaison, en France, un non port de casque coûte entre 90 et 135 €. Penchons-nous maintenant sur l’infraction relative au casque. Dans le tableau des amendes ci-contre, on peut lire : défaut de port de casque SNI = 250 000 rp. Cela veut dire que si vous ne portez pas de casque ou que si vous portez un casque qui n’est pas au Standard National Indonésien, il s’agit d’une seule et même contravention. Les casques aux normes UE des grands marques réputées internationalement que l’on achète en France par exemple, et qui coûte jusqu’à la moitié du prix d’une mobylette d’ici, sont des casques illégaux sur les routes indonésiennes. Porter un Shoei ou un AGV revient au même que rouler tête nue pour l’agent de la circulation du coin de votre rue ! Le port d’un mauvais casque est donc obligatoire et préférable au port d’un casque pour grosse cylindrée. Notons enfin que le casque devient soudainement dispensable lorsqu’on se livre à des activités religieuses et qu’il n’est absolument pas requis pour les enfants embarqués en 3ème, 4ème ou 5ème passager de votre mobylette…

On peut ensuite questionner le bien-fondé de l’obligation de porter un casque dans un pays qui n’a ni sécurité sociale ni obligation d’être assurés pour les usagers de la route. Certes, il y a des initiatives assez récentes pour fournir des soins gratuits à la population, notamment à Jakarta et Bali, mais si vous vous fracassez le crâne dans un accident de la circulation, les frais seront entièrement à votre charge et la communauté n’y sera pas de sa poche. Mais revenons au plus près du cas Van der Spek. Il n’a pas son permis sur lui, mais il l’a, n’est-ce pas ? Autrement dit, il est allé dans une auto-école et a passé les différents examens (code de la route, théorie, pratique…) pour l’obtenir. Quid du permis à l’indonésienne ? Une simple formalité administrative à 200 000 rp (tarif officiel bien sûr !), puis 150 000 rp à chaque prolongement tous les cinq ans. Des cours ? Des examens ? Vous rigolez ! D’ailleurs, que vous conduisiez un bebek ou la dernière Ducati super sport, c’est le même permis ! Du moment que vous avez ce morceau de plastique format carte de crédit et votre heaume SNI, vous êtes donc paré pour affronter le trafic local… On pourrait enfin s’amuser de l’obligation récente d’allumer son phare la journée pour les deux-roues, afin d’être mieux vu des autres disent les banderoles de « socialisation » de la police déployées à certains croisements. Il y a quelques années, c’était l’occasion en or pour les agents de vous coller une prune lorsque vous aviez oublié de l’éteindre en plein jour !

Entre iniquité des règles et montant faramineux des contredanses et des taxes, difficile d’accorder le moindre crédit au législateur de l’Archipel qu’on soupçonne justement d’établir sciemment les conditions de cette corruption généralisée. Le système est ainsi et cela prendra du temps pour l’assainir. Toutefois, certains se sont déjà collés à la tâche, comme le nouveau gouverneur de Jakarta Djoko Widodo (cf. La Gazette de Bali n°93 – février 2013). Cela passera aussi obligatoirement par l’augmentation des salaires et la mise en place d’une fiscalité efficace. Mais, on le sait, les Indonésiens ne veulent pas payer d’impôts. Comment leur donner tort avec tous les scandales fiscaux qui alimentent la chronique régulièrement ? En attendant, et sans cette révolution de l’intérieur pour changer le pays et les mentalités, le système corruptif a encore de beaux jours devant lui.

Infractions de la dirculation : mode d’emploi

Connaissez vos droits, mais aussi la méthode. La prochaine fois que vous vous ferez arrêter par un policier sur une route indonésienne, cela sera plus facile. Comme cela est arrivé à Van der Spek, le policier, aussi sympathique soit-il, ne vous expliquera pas quels sont vos choix. Il vous menacera sans doute d’une amende gonflée et d’un passage au tribunal, ce qui bien sûr vous fera choisir la solution de paix, « damai », qu’il ne manquera pas de vous suggérer dans les secondes qui suivent. Si vous choisissez cette solution illégale, en connaissant le tableau ci-contre, vous serez donc en mesure d’évaluer le bakchich approprié et non pas de soudoyer le fonctionnaire véreux au tarif… officiel. Si vous êtes décidé à agir dans la légalité, demandez le formulaire bleu (formulir biru). Cela veut dire que vous reconnaissez l’infraction. Sur ce formulaire, il y a un numéro de compte en banque, vous pourrez opérer le versement d’un ATM ou d’un comptoir bancaire. Muni de votre preuve de paiement, vous pourrez aller retirer vos papiers à la PolSek la plus proche du lieu de l’infraction. Toutefois, sachez que la plupart du temps, le policier vous affirmera avec aplomb que le formulir biru a été supprimé. Insistez, c’est un bobard récurrent, comme l’indiquent de nombreux usagers indonésiens sur les forums qui traitent du sujet. Si vous contestez le bien-fondé de votre interpellation, il vous faudra remplir le formulaire rouge (formulir merah). Mais là, une convocation au tribunal vous attend sous quinzaine avec en perspective une journée à attendre votre tour devant le juge au milieu d’une file d’attente « à l’indonésienne ». Les intermédiaires illégaux qui rôdent devant les tribunaux (calo) vous proposeront sans doute de court-circuiter la queue contre une « petite commission » mais à la fin, sauf si vous disposez de preuves irréfutables (et encore !), vous serez condamné à payer l’amende. A déconseiller donc, car là, c’est tomber de Charybde en Scylla. Vous voici informé, bonne chance et surtout, restez souriant et poli en toute circonstance !

Erratum Le mois dernier, nous avions écrit dans ces colonnes qu’Arief Hidayat avait été choisi comme nouveau président de la cour constitutionnelle, il n’en est rien, il n’était à ce stade qu’un candidat parmi d’autres dans le processus de sélection. C’est finalement Akil Mochtar qui a décroché cette position d’arbitre suprême, Arief Hidayat n’arrivant que 4ème et dernier du dernier tour de sélection avec une seule voix. Veuillez nous en excuser.

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