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Autant les touristes ont besoin de rêver sur une destination où ils ne passeront au mieux que quelques semaines, autant des candidats à l’immigration doivent avoir l’image la plus précise possible de l’endroit où ils désirent s’installer. Il serait trompeur de penser que le nombre croissant d’étrangers qui se fixent à Bali témoigne de conditions d’installation plus faciles qu’ailleurs. Le marathon pour trouver à se loger par exemple suscite rapidement le désenchantement.

Le fossé culturel, sociétal et juridique est tellement important entre l’Occident et l’Asie, en particulier l’Indonésie et encore plus précisément avec Bali, qu’il faut du temps, beaucoup de temps pour capter quelques mécanismes qui vous empêcheront de faire trop de bévues et surtout vous tireront de mauvais pas.

Un touriste est vulnérable pendant les premiers jours de son séjour, un candidat à l’expatriation pendant plusieurs mois si ce n’est les premières années.

Une installation réussie à Bali requiert quelques qualités. La première d’entre elles, c’est la faculté d’adaptation à un environnement totalement inconnu et parfois hostile. Votre rang social, vos moyens financiers, votre niveau d’études ne pourront pas grand-chose pour vous ici. Si vous avez un souci, vous ne pourrez jamais totalement compter sur un avocat, c’est difficile à entendre mais c’est la réalité. A travers de nombreux témoignages, nous avons noté ces dernières années que des gens aisés étaient même plutôt plus exposés que la moyenne des résidents étrangers aux arnaques diverses.

La seconde condition pour réussir son implantation, ce sont les moyens financiers. En attendant de commencer à gagner vos premières roupies, il faut des réserves suffisantes. Faut-il rappeler qu’il n’y a ici aucune aide sociale, ni allocations familiales, ni allocation logement, ni chômage… L’école est payante, un bon lycée international à Sanur coûte plus de 1000 dollars américains par mois, une assurance santé comprenant l’évacuation ne s’élève pas à moins de 2000 dollars par an pour un adulte de 35 ans, un permis de travail se monte à 1700 dollars par an à quoi s’ajoute la location d’une maison que l’on paie systématiquement à l’année, pas moins de 9000 USD mais bien souvent 15 000. Ne pas compter moins de 1500 USD/mois pour vivre modestement en couple et 5000 USD/mois pour vivre confortablement en famille avec deux enfants.

La troisième, d’ordre plus psychologique, c’est la faculté à nouer des relations sociales et c’est vital pour s’implanter. Il est bizarrement assez difficile de rencontrer des résidents étrangers à Bali, tous les nouveaux arrivants souffrent de solitude et parfois même de déprivation sociale. Certains notent aussi qu’il n’y a pas un fort sentiment de solidarité entre étrangers ; bien au contraire, ceux qui s’intéressent à vous le font bien souvent parce qu’ils ont quelque chose à vous vendre ! Alors, bien sûr, le conseil, c’est de savoir parler anglais, de se mettre rapidement à l’indonésien, et de trouver toutes les occasions possibles pour sortir et rencontrer. Cetains ont pris des retraites prématurées à 40 ans en rêvant à une vie de farniente et de plaisirs, la vérité, c’est qu’ils s’ennuient beaucoup ici (et certainement ailleurs aussi), il est nécessaire d’avoir une activité.

Quatrième qualité pour durer, c’est de ne surtout pas se précipiter, la précipitation mène à la catastrophe à Bali. Ces dernières années, nous avons recensé plusieurs exemples d’entrepreneurs ou de retraités qui ont investi dans les six mois après leur arrivée, tous sans exception sont repartis la queue basse ou bien se sont fait sévèrement plumer. Des gens plus ou moins mal intentionnés sont à l’affût de proies faciles. Ils ont parfois défrayé notre rubrique courrier, certains sont toujours à l’oeuvre. Alors gare à ceux qui endormiront votre méfiance, à ceux qui auront quelque chose à vous vendre rapidement et qui vous promettront de prendre tout en charge !

Nous vivons ici dans un endroit extraordinaire, soit, mais de non-droit ou presque.

Conclusion : si vous vous installez ici par hasard, parce que la vie n’est pas chère, parce que le soleil brille, parce qu’on peut faire du « monkey business » sans rien déclarer, alors votre installation tournera peut-être au cauchemar. De la même manière, si vous êtes ensorcelé par Bali et le sourire de ses habitants, que vous gardez votre esprit de touriste béat, alors plus dure sera la chute. En revanche, si vous avez envie de prendre un coup de jeune en révisant tous vos jugements sur la vie, si vous avez un peu l’esprit d’aventure, la faculté d’apprendre des fiers Balinais la survie et la vie tout court, alors vous vivrez une expérience très riche et plus jamais vous n’aurez envie de quitter Bali.

Photo par PeninsulaDevelopmentGroup

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