FAIS PAS CI, FAIS PAS ÇA

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On avait tout prévu. La date était retenue, le resto réservé, les habits repassés et deux baby-sitters étaient mobilisées pour garder les jumelles. Ne plus avoir le temps de rien, c’est dans la tête. Alors cette année, quoi qu’il arrive, on allait fêter notre anniversaire de mariage. Tout beaux, tout sapés, tout coiffés, il ne nous restait plus qu’à déposer un baiser sur le front des petites, qu’à souhaiter bonne chance à leurs anges-gardiens et qu’à refermer la porte de la cage aux lions pour partir sans nous retourner.

On avait tout prévu sauf bien sûr une bonne vielle coupure de courant. Et pas de celles qui coupent net le temps de faire une manip sur un câblage et qui revient au bout de 20 minutes. Non, forcément, de celle qui fait d’abord vaciller et crépiter les ampoules avant que tout ne devienne noir. De celle qui laisse présager qu’un truc a cramé quelque part dans le quartier et que ça va prendre des plombes à réparer. Alors, déjà qu’en temps normal, garder les filles est une expérience plutôt intense, sans lumière, sans clim et sans Youtube…

Qu’à cela ne tienne, tout le monde vient au restau pour tenir la chandelle. Les « baby sisters », comme on aime les appeler ici avec une certaine poésie teintée de dyslexie, distrairont les bébés pendant que nous, nous dégusterons un plateau de sushi main dans la main. Un scénario qui ne semblait pas déraisonnablement optimiste. Mais contre toute attente, après 5 minutes passées tranquillement dans des chaises bébés à observer la situation de leur nouveau terrain de jeux, il était temps pour les jumelles de briser l’ambiance feutré que seules des salutations hurlées en japonais à chaque entrée d’un client venaient troubler par moment.

Avec une salle en forme d’anneau de vitesse tournant autour d’une cuisine centrale le long de laquelle des plats en libre-service défilent tels de petits trains sur un chemin de fer, et avec sur toutes les tables, des baguettes pour taper la mesure, de l’encre de Chine pour dessiner sur des napperons de papier et de la pâte à modeler au goût de wasabi, c’est plus un japonais, c’est Disney Land. On a donc avalé notre diner comme on a pu, les sens en éveil et accablés par l’embarras, les baby-sitters ont couru partout pour maintenir un minimum de sécurité tandis que les clients tout comme le staff, entre éclats de rire, photos et selfies, pas incommodés le moins du monde, ont tous semblé avoir particulièrement apprécié le spectacle.

C’est qu’en Indonésie, un pays souvent décrit comme celui de l’enfant-roi, il y a une véritable passion pour les petits et leurs facéties. A tel point que le terme d’enfant-roi et les connotations de laxisme et de permissivité qui s’en dégagent ne semblent pas leur rendre justice. Surtout, ironie de l’histoire, à une époque où, du côté de l’Occident, on entend de plus en plus parler de concepts d’éducation positive. C’est juste qu’ici, ils ont en plus le culte de la patience, un goût immodéré du burlesque et une incroyable tolérance au bruit.

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