Des pipelines dans la mangrove

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Soleil de plomb ce matin sur le delta du Mahakam vu du ciel. Après avoir survolé les eaux scintillantes, les immenses fermes à crevettes et les rares espaces de forêts encore intactes, la cathédrale de tuyaux jaunes et blancs de CPU apparaît. L’hélicoptère se pose face aux installations dans un fracas d’enfer. Sécurité oblige, une fois sorti de l’appareil, le port de l’uniforme s’impose : veste rouge, chaussures de sécurité, casque de chantier, gants et lunettes de protection. La visite de ce terminal pétrolier de Total peut commencer.

Arnaud Constant est le responsable du site. « Ici on produit 30 millions de m³ de gaz par jour, explique-t-il. Cela représente 25% de la consommation quotidienne française de gaz. On produit aussi dans le même temps 50 000 barils de condensats. » Des chiffres astronomiques pour un site pétrolier géré à part égale par le français Total et le japonais Inpex. Seul Total assure les opérations sur le terrain pour le compte de la société nationale, BP Migas, titulaire des droits miniers. Chaque jour, 250 personnes travaillent ici. Véritable fourmilière où chaque employé respecte scrupuleusement son poste et les règles de sécurité affichées partout. « Sur ce site, nous assurons le forage de puits, la production d’un mélange de gaz et de liquides (condensats et eau) et leur séparation, résume Arnaud Constant. Ensuite, la production est comptabilisée avant d’être exportée.» En théorie, les choses sont simples. Mais pour le profane de passage, les lieux apparaissent d’une complexité affligeante.

Un fonctionnement complexe
Le mélange de gaz et de liquides arrive par pipeline jusqu’à un séparateur. C’est un gros ballon qui sépare le gaz de l’eau et des condensats (fractions légères liquides d’hydrocarbures). Pour deux volumes de condensats produits, on produit un volume d’eau qui sera à nouveau traité puis rejeté. Le gaz passe ensuite dans un compresseur dont la puissance (23 mégawatts !) représente vingt fois celle d’une Formule 1. Son volume est alors comptabilisé. Un moment important pour les sociétés pétrolières qui ont les yeux rivés sur les chiffres de production. Là, il peut enfin partir pour l’immense usine de liquéfaction de Bontang où il est refroidi à – 160° avant d’être exporté sur des méthaniers vers les grands ports d’Asie du Sud-Est. Les condensats, quant à eux, repartent dans des tuyaux spécifiques vers le site de traitement de Senipah, au sud.

Cent nouveaux puits forés tous les ans« Nos puits sont dispersés dans une zone assez étendue, ajoute Arnaud. Ces distances ne facilitent pas le travail. En mer ou dans le delta, les GTS (gazing testing satellite) réalisent des tests réguliers de production dans le but de l’optimiser. Chaque année, nous forons cent nouveaux puits. » Des opérations permanentes qui nécessitent du personnel hautement qualifié. Aswari Harsuma est un jeune opérateur de puits. Il travaille sur le GTS2. Pour l’atteindre, il faut monter à bord d’un bateau à moteur et sillonner la rivière dans un décor de jungle. C’est là, au milieu de nulle part, qu’on découvre cette installation. Elle est reliée par un pipeline qui se perd dans la végétation. Un panneau indique la présence de crocodiles. Le contraste est saisissant. C’est le quotidien d’Aswari. « Je viens ici plusieurs fois par jour pour contrôler que tout fonctionne, lance-t-il. Nous avons une check-list à suivre, des tests à effectuer et des petites réparations à faire si nécessaire. »

Pour l’heure, il est temps de rentrer à CPU. Le trafic est important sur la rivière : bateaux de patrouille qui surveillent les sites, speedboats locaux pétaradants, barges de well service qui transportent du matériel pétrolier. Une journée comme une autre. Déjà plus de trente ans que Total est implanté dans le delta. Les problèmes existent. Myryanto le sait. Il est le superviseur GNS. « Mon travail consiste à faire en sorte que tout le monde se sente bien sur le site. » Gymnase, lieux de prières, restauration pour tous les goûts, CPU est une base où il fait bon vivre.  Myryanto exerce dans la région depuis de nombreuses années. « Vous savez, il arrive qu’on ait des vols sur des sites ou que des villageois s’attaquent aux pipelines. C’est très rare. D’abord, car c’est extrêmement dangereux. Ensuite les Indonésiens ont bien compris que tout cela était la propriété de l’Etat. Tout sabotage est passible de prison. Les locaux se plaignent souvent qu’on leur a pris leurs terres. Total a des représentants pour discuter de tout cela avec le gouvernement local ou la police. Tout est très réglementé. » Pour la compagnie française, côtoyer les communautés sans leur être néfaste est une priorité. Le delta du Mahakam reste une zone sensible. L’érosion de la mangrove avance avec l’élevage des fermes à crevettes. On sait aujourd’hui que ces élevages ont une incidence catastrophique sur l’écosystème. Bien que les activités de Total Indonésie aient un impact mineur sur l’environnement, le pétrolier a initié un programme pour sauvegarder ce delta en tant que sources de vie économique pour les communautés.

Beaucoup de défis
Pour qu’un site tel que CPU fonctionne les défis sont nombreux. Assurer la sécurité de tous est une priorité absolue. En cas de fuite, les émanations de gaz et de condensats peuvent être mortelles. Le compresseur, et sa puissance colossale, est surveillé de près. Les procédures de sécurité sont donc connues de tous et respectées à la lettre. Pour contrer toute éventuelle catastrophe, une seule solution : un contrôle permanent et une lourde maintenance quotidienne. Les formations du personnel empêchent la routine de s’installer et donc les accidents. Le roulement des équipes aussi. Elles travaillent deux semaines et se reposent une ou deux semaines. Tout dépend de la qualification et du contrat établi. L’isolement du site ne facilite pas les choses. Balikpapan se situe à 25 minutes d’hélicoptère mais sans ce moyen de transport coûteux, il faut compter deux heures de route puis une autre heure de bateau pour rejoindre CPU. Tous ces facteurs sont à prendre en compte pour comprendre le fonctionnement de ce terminal pétrolier. Et pour saluer le défi quotidien pour tous ceux qui y travaillent.

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