COUPLES TRANSNATIONAUX : LE PIEGE, C’EST L’INCOMPREHENSION DE LA DIFFERENCE CULTURELLE

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Vanessa Fouquet est diplômée en psychopathologie interculturelle et psychologie clinique liée aux situations de crise. Amoureuse inconditionnelle de la culture balinaise selon ses propres termes, elle prépare également une thèse sur les méthodes traditionnelles de guérison pratiquées à Bali. Cette psychanalyste connait bien la communauté française qui y est installée et, de par sa formation universitaire, elle est à même de comprendre et analyser les contours des relations sentimentales et familiales transnationales telles qu’on peut les vivre ici. Vous vous sentez concerné ? Alors, allongez-vous sur le divan…

 

La Gazette de Bali : Quels sont les enjeux particuliers d’une vie de couple mixte ici en Indonésie ?
Vanessa Fouquet : Il n’y a pas de particularité spécifique à l’Indonésie si ce n’est l’incompréhension de la différence culturelle. Au début de la relation, on l’accepte, mais au bout d’un moment, cela peut prendre l’aspect de profondes incompréhensions. Cela se matérialisera dans l’éducation des enfants ou la gestion du budget
familial. Ça dépendra peut-être, par exemple, de la belle-famille si celle-ci est très demandeuse de soutien financier. Un équilibre doit se faire. Sinon je pense aussi à des conflits possibles autour des questions d’hygiène. Ou encore autour du temps consacré aux cérémonies ici à Bali. Souvent, dans le cas d’un homme balinais marié à une Française, celle-ci aura du mal à accepter le poids de l’exercice religieux, et ce malgré l’amour. Par ailleurs, j’ai noté un phénomène plutôt récent où l’on voit des Balinais se marier avec des Occidentales pour justement échapper à leur culture. Certains même ne veulent plus parler leur langue ou refusent de la transmettre à leur épouse et aux enfants. C’est nouveau et minoritaire mais mérite d’être noté.

LGdB : Ces différences culturelles sont donc si difficiles à surmonter ?
V F : C’est difficile à surmonter si l’une des deux parties ne présente aucun intérêt pour la culture qu’il rencontre. La différence culturelle est avant tout une question de structuration langagière. Le langage est structuré sur différents repères symboliques. Surmonter cette difficulté va nécessiter beaucoup de dialogue et d’échange. Encore plus que pour un couple de même culture, car dans un couple de même culture les symboles culturelles et les lois structurant la famille sont acquises depuis la petite enfance. Dans le couple mixte, c’est la découverte d’un nouvel univers social et familial, et donc symbolique, qu’il faut intégrer de part et d’autre dans le respect de chacun. C’est une véritable intégration. Si cette intégration ne se fait pas, on peut observer rapidement l’échec du couple dans un combat identitaire. J’ai l’impression par exemple que la notion d’amour est différente. Pour donner un exemple, cette histoire d’intégration culturelle sera peut-être plus aisée pour un couple basé sur deux cultures monothéistes car la structuration sociale et religieuse est similaire. Il y a un partage de symboles similaires. Les repères peuvent être équivalents. Je pense aux couples musulman/catholique. Pour les couples hindouiste/catholique, cette intégration est plus complexe et plus longue, pour les deux parties. Car le fonctionnement familial, social, et religieux est profondément différent et cette différence génère beaucoup d’angoisses pour les deux. Les Occidentaux ont souvent la sensation d’être absorbé par un système qu’ils ne maîtrisent pas. Il est intéressant de re-transposer cette problématique aux migrants qui arrivent en Europe et France.

LGdB : Doit-on faire une différence entre un couple Indonésien/Française et Français/Indonésienne ?
VF: Il n’y a pas de différence significative. Ce qui émerge globalement dans la problématique d’un couple où la différence culturelle est en jeu, c’est l’augmentation du degré d’expression de certains symptômes. Par exemple, si du côté français ou indonésien il va y avoir une tendance à la paranoïa, cette paranoïa va être augmentée par le facteur de la différence culturelle. Cela émerge par exemple dans le rapport d’une des deux parties avec la belle-famille. Il peut très vite y avoir de l’incompréhension et des réactions qui vont être mal interprétées. De ce fait, la barrière de la langue faisant aussi son travail, la personne souffrant de ce symptôme va créer un imaginaire négatif, ce qui va rapidement induire un conflit au sein de la famille et du rejet.

LGdB : Sexuellement, comment ça se passe ?
V F : Ça fonctionne très bien ! Un des atouts de la différence culturelle, c’est que ça génère des fantasmes. Mais encore une fois pour que ça dure il faut qu’il y ait une véritable dynamique d’échange, un véritable respect de l’altérité. S’il parle, le couple ne peut que se renforcer. Ce qui est également vrai pour un couple de même culture.

LGdB : Que dire de l’éducation des enfants ?
V F : Ça peut devenir compliqué si le couple se base sur un affrontement identitaire. Ce qui reviendrait à dire que « ma culture est plus juste que la tienne » ! Ce conflit va alors se porter sur les règles éducatives par exemple. L’enfant risque alors de grandir dans un climat anxiogène. L’idéal, avant de donner des règles à l’enfant, c’est encore une fois d’en discuter et d’établir un consensus. L’ambivalence est très angoissante pour l’enfant. Ça peut le mettre dans un conflit de choix identitaire. Choisir la loi de qui ? Sachant qu’il aime les deux parents.

LGdB : Les enfants métis ont-ils plus de difficultés à s’insérer dans une vie d’adulte ?
V F : Non, cela ne leur retire absolument rien. Je dirais même que ces différences peuvent leur donner des outils supplémentaires pour s’adapter. Ils bénéficient quand même d’une fantastique ouverture sur deux mondes ! Par contre, il faut dire aussi qu’en cas de déséquilibre dans une famille mixte, les enfants peuvent faire face à plus de difficultés, notamment à l’âge où ils construisent leur identité. Mais c’est déjà un problème particulier de l’adolescence, parents mixtes ou pas. L’écueil dans le couple à ce moment-là, c’est sans doute quand les différences culturelles augmentent le degré d’incompréhension de l’altérité avec pour sanction immédiate un temps décuplé à comprendre les problèmes de l’autre. L’enfant en subira les conséquences…

LGdB : Y a-t-il beaucoup d’échecs relationnels au sein des couples mixtes ?
V F : Peut-être… mais je ne suis pas en mesure par mon travail d’établir des statistiques représentatives. Je dirais là, qu’en ce qui concerne l’Indonésie, il y a beaucoup de souffrance dans la société. Il faut observer ce pays dans sa perspective historique. La société indonésienne semble encore aujourd’hui subir l’épreuve des traumas laissés par 32 ans de dictature. Ils en sortent mais en souffrent encore, d’autant que le pays est encore officiellement dans le déni des atrocités passées. Ces traumatismes ont une importance primordiale dans la psyché collective. On peut observer dans certaines problématiques psychiques indonésiennes une souffrance familiale lié aux traumas du régime autoritaire passé. Tout cela n’est pas encore analysé consciemment et la liberté d’expression est encore réprimée malgré quelques progrès.

LGdB : Quel est la meilleure combinaison pour durer ? Indonésien/Française ou Français/Indonésienne ?
V F : Non, je ne crois pas qu’il soit possible de faire une quelconque généralité. Seules des statistiques pourraient le dire mais je ne crois pas qu’il y ait une combinaison meilleure que l’autre pour durer.

LGdB : Bien, y a-t-il quand même une recette pour qu’un couple mixte dure longtemps ?
V F : Parler, analyser, il faut que les deux aient la même dynamique de communication, mais cela est aussi vrai pour un couple de même culture.

LGdB : Que savez des couples mixtes homosexuels ?
V F : C’est pareil, je ne vois pas de particularité si ce n’est que, côté indonésien, là encore il existe une véritable souffrance car l’homosexualité est tellement taboue ici.

LGdB : Pour résumer notre entretien, quels sont les écueils à éviter sur le chemin du bonheur dans un couple mixte ?
V F : Le principal, serait d’entrer dans un conflit de terrain identitaire. Ce qui reviendrait à dire « ma culture est meilleure que la tienne ». Et ce, dans les deux sens. Le rapport de force qui s’installerait alors ne pourrait être que destructeur. Construire serait analyser le système que l’on rencontre et l’intégrer. Un autre écueil serait le piège de l’illusion, et celui des stéréotypes sociaux et culturels tels que « la femme indonésienne est mieux que… » ou « l’homme occidental est mieux que… » Les désillusions peuvent être féroces.

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1 COMMENTAIRE

  1. Pauvre Vanessa, tu n’as pas compris grand chose à l’Indonésie, par exemple ton paragraphe sur l’éducation montre bien que tu ne maîtrises pas du tout le sujet.
    Je ne sais pas depuis combien de temps tu y es, ni si tu es beaucoup sortie de Bali, mais en tout cas tu me fais penser à ces étrangers qui viennent à peine de débarquer et qui ne voient que la carte postale. Il faut rester plus longtemps pour voir l’envers du décor, et il faut aussi ne pas oublier que Bali en Indonésie c’est rien du tout et qu’on ne peut pas parler du pays si on ne connaît que Bali (oui, Bali n’est pas un pays, c’est une île indonésienne, de la taille d’une crotte de mouche à l’échelle du pays).
    La gazette de Bali, vous m’aviez habitué à de meilleurs articles et analyses.

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