BTS ULTRA 100 : DES FRANCOPHONES DE BALI SUR LE PODIUM

PARTAGER SUR

Le BTS Ultra 100, pour Bromo Tengger Semeru, est une course de trail et d’ultra trail qui se déroule tous les ans à Java-Est au milieu de ces paysages de volcans d’une grande beauté. Ces épreuves de course à pied – sorte de cross-country rallongé et à fort dénivelé – sont aujourd’hui particulièrement populaires dans le monde entier. L’Indonésie, un pays qui offre des sites extraordinaires pour la pratique de ce sport difficile, a trouvé sa place sur la carte mondiale ces dernières années et de plus en plus de participants s’inscrivent chaque année dans les nombreuses courses organisées dans tout l’Archipel. Cette année, des francophones qui résident à Bali ont particulièrement brillé dans les épreuves du BTS…

Le BTS Ultra 100 se décline en quatre courses : 30km, 70km, 102km et 170km. Par « ultra », il faut comprendre les distances supérieures à celle du marathon. Jusqu’à 42km, une course de trail ne peut prétendre à l’appellation « ultra ». La famille belge Laurent Roeykens, Sacha Roeykens (3ème et 4ème du 30km) et Stéphanie Zanasi (2ème du 30km), ainsi que le Français Vincent Chalias (3ème du 102km), sont en effet montés sur le podium à ce dernier BTS et ils nous confient leurs impressions. Mais avant de lire leurs témoignages, il faut noter également les performances des Français Théo Orange (2ème du 30km), Daniel Rouquette (5ème du 30km), Thibault Bertrand (9ème du 30km), Benoit Costamagna (4ème du 102km) et Stephanie Davidson, victorieuse du 30km. Sans oublier la participation massive des membres des Hash House Harriers de Bali qui constituent avec le temps un des plus gros contingents de participants sur les trails indonésiens.

SACHA ROEYKENS : ON EST HEUREUX EN FAISANT DU SPORT, J’ESPERE EN FAIRE MON METIER

Ce jeune Belge de 14 ans a fini 3ème du 30km avec un temps de 3h:46mn.5s. Petit prodige de la course à pied, il nous explique comment il a géré sa course avec son père à ses côtés…
« Tout petit, j’étais hyper actif, mes parents ne savaient pas quoi faire pour que je dépense mon énergie. J’ai commencé la boxe à 6 ans avec mon père, j’ai suivi mes parents au HHH à partir de 7 ans et je me suis même mis à la batterie. Je suis frustré par le sport à l’école, on n’en a que trois heures au programme, c’est vraiment très peu. J’ai participé à des rencontres sportives interscolaires dans le cadre du BSSA mais le cross me stresse. Ça se dispute sur 4 km, trop rapide pour moi, on est à peine partis qu’on est déjà revenus. Je n’avais pas envie d’y aller. A l’athlétisme, j’ai quand même gagné le 400m, le 800m et le saut en hauteur ! Mais je préfère vraiment courir avec les adultes et sur des longues distances […] Pendant cette course de 30 km, j’ai bien géré mon énergie, il fallait être devant au début. J’ai pensé tout du long que j’étais douzième, je ne sais pas pourquoi. En tous cas, j’ai eu l’impression de suivre ma course tranquillement, il me restait encore de l’énergie à l’arrivée. Je n’avais pas envie de manger ces gels trop sucrés qui donnent presque envie de vomir mais j’ai suivi les conseils de mon père et il avait raison. Mon père est plus rapide que moi à plat et en montée mais j’ai l’avantage sur lui en descente alors, à la fin, je me suis échappé. La fin était difficile avec la mer de sable et les jeeps qui passaient devant nous en levant des nuages de poussière, on a beaucoup toussé […] La course, ça apprend beaucoup de choses, par exemple à ne pas voir les côtés négatifs, du genre il reste encore 10km, il faut aimer, apprécier les paysages. Et puis, on doit accepter que des gens soient plus rapides, il faut être humble surtout quand les crampes arrivent. On est heureux en faisant du sport, j’espère en faire mon métier, pas forcément être un champion. »

LAURENT ROEYKENS : NOUS AVONS SUIVI UNE PREPARATION EN FAMILLE

Le père du jeune Sacha est un sportif invétéré qui pratique un nombre important de disciplines, de la boxe au surf en passant par la course à pied. Il a accompagné son fils mineur sur le 30km, comme requis par les organisateurs et nous livre son expérience sur cette extraordinaire performance en duo père/fils qu’il termine 4ème en 3h.50mn.5s…
« C’est la troisième fois que je participe à cette course de mieux en mieux organisée chaque année. D’habitude, je concourais au 70km mais cette année, je me suis fait un immense plaisir de courir le 30km avec mon fils Sacha et ma femme Stéphanie. Nous avons dû batailler pour que les organisateurs acceptent l’inscription d’un mineur. En France, la limite de course pour les moins de 16 ans est de 5 km tandis qu’aux Etats-Unis, il y a des mineurs qui courent des marathons. Pour cette course, l’organisation a accepté la participation de Sacha à condition que je l’accompagne et que nous acceptions qu’il ne puisse monter sur le podium si jamais il arrivait dans les trois premiers. Je tiens à préciser que c’était la volonté de mon fils de participer et que nous ne l’avons jamais poussé à quoi que ce soit, sinon que nous passons tous nos loisirs et nos vacances à courir et à faire du trek en famille. Il a découvert le plaisir de la course à travers les Hash House Harriers depuis qu’il est petit, ça lui a donné le goût de la course à pied en cherchant les papiers mais en revanche, je ne l’aurais jamais laissé courir une distance pareille sur asphalte, ça nuit trop aux articulations.

Nous avons suivi une préparation sur trois mois en famille. Le premier mois, du fractionné sur vélo d’intérieur et de la course à Serangan, 10 minutes à fond et 5 mn de récupération. Le troisième mois est plus allégé avec quelques footings tranquilles et une sortie longue par semaine à Bedugul, 26km en courant avec 1400 de dénivelé positif, soit 100m de plus que la course du Bromo. Je n’avais pas de doute en observant mon fils qu’il allait vraiment cartonner […] Nous étions prévenus par les organisateurs qu’après les 5 premiers kilomètres de course, il y avait un goulet d’étranglement et qu’il fallait donc pousser dès le début pour ne pas être ralentis par la suite, on s’est donc mis dans le rouge, pas loin de l’asphyxie. Le reste de la course s’est passé sans problème, il y a une vraie solidarité entre les coureurs, on s’encourage, on passe des capsules de sel et de magnésium à ceux qui ont des crampes, c’est un vrai moment de partage dans une épreuve difficile qui laisse de grands souvenirs. Je n’ai pas quitté mon fils d’une semelle. A la fin, il s’est envolé dans la descente et je me suis inquiété pour lui, j’avais peur qu’il ne boive pas assez, qu’il ne s’alimente pas alors je l’ai remonté autant que j’ai pu mais il m’a devancé de 4 mn sur la ligne d’arrivée. Non seulement il est arrivé 3ème en 3h46 mais il a battu d’une minute le temps du meilleur adulte de l’an dernier ! »

STEPHANIE ZANASI : C’EST GENIAL QUE L’ON AIT TOUS LES TROIS LE MEME ATTRAIT POUR CE SPORT

2ème du 30km en 4h.32mn.39s, à un peu plus de 30mn de la Française Stephanie Davidson, gagnante de l’épreuve, la mère de Sacha estime que la course à pied participe à l’épanouissement de la famille…
« Je ne pensais jamais arriver en deuxième position ! La gagnante des deux années précédentes est arrivée troisième, je ne pensais pas pouvoir la battre. Je m’étais fixée l’objectif de faire le parcours de 30 km en 5 heures, je suis arrivée au bout en 4h30. J’étais vraiment surprise et contente à la fois mais aussi très épuisée. Je crois que le moment le plus dur pour moi, c’était vers le kilomètre 20, pendant 5km, il faut courir sur le sable, il faut adapter sa respiration, ce n’est pas évident, ça demande un effort et donc ça devient plus fatiguant. Mais ce n’était pas la plus dure des courses que j’ai faite. La course du Rinjani a été pour moi bien plus douloureuse. Je suis d’autant plus heureuse de cette performance que la course à pied, n’est pas du tout une addiction. J’aime courir mais j’aime d’avantage la découverte de paysages, le fait d’être dans la nature, dans une végétation splendide. A Bali, les paysages sont tellement différents, on peut courir dans la plénitude d’une rizière, gravir la force d’un volcan ou trottiner dans une jungle. Et puis, j’aime surtout courir parce que nous le faisons en famille, c’est une passion commune ! La première chose que j’ai faite en franchissant la ligne d’arrivée, était de demander à Laurent comment allait Sacha. Quand mon mari m’a appris qu’il était arrivé 3ème, j’étais tellement fière et soulagée qu’il aille bien que j’ai fondu en larmes. C’est très intense, il faut souvent aller au bout de soi-même, trouver les dernières ressources pour continuer à avancer et après l’effort, très souvent on relâche tout. Je reste consciente, malgré tout, que 30km, ce n’est pas une très longue distance, mais de manière générale, le mental est primordial. Sacha n’a pas pu monter sur le podium car il est encore trop jeune, son père a pris sa place mais l’important était de faire cela ensemble. Au-delà de la course, en amont notamment, ce sont des heures d’entrainement que l’on fait à trois, c’est réellement génial que l’on ait tous les trois le même attrait pour ce sport. C’est une vraie chance de pouvoir partager des moments comme çà. Le running contribue certainement à l’épanouissement de la famille et alimente la communication et la complicité avec notre fils. C’est une chance d’avoir ce lien. La plus belle des récompenses de cette course, c’est peut-être celle-ci finalement… »

Socrate Georgiades et Morgane Pareille

 

VINCENT CHALIAS : IL FAUT SAVOIR GERER SON HYDRATATION

Ce Français originaire de Marseille a terminé sur la dernière marche du podium du 102km en 21h.10mn.13s. Avec lui, passons en revue tous les ingrédients qu’il faut réunir pour réussir à être performant sur une course en ultra…

La Gazette de Bali : En quelques mots, le BTS 100, c’est quel genre de course ?
Vincent Chalias : Le BTS 100 est une course essentiellement régionale, c’est une des plus belles en Asie. Je dirais que c’est beau comme le Bromo, le décor est grandiose et varié, avec des savanes, des forêts, une mer de sable, deux lacs… Question dénivelé, ce n’est pas une des plus difficiles d’Indonésie, mais si on compare à ce qu’il y a en France par exemple, c’est déjà beaucoup plus dur.

LGdB : Vous avez fini 3ème du 102km, vous êtes satisfait ?
V C : Oui, bien sûr, le vainqueur, originaire de Brunei, était trop loin devant et hors de portée, mais le deuxième m’a dépassé à quelques 15km de l’arrivée, la deuxième place était donc possible pour moi et j’ai un petit regret quand même…

LGdB : Comment se prépare-t-on à une course à pied tout terrain de 102km en montagne ?
V C : Longtemps à l’avance, des années mêmes, on ne se lance pas sur une telle distance sans avoir de l’expérience dans les courses plus courtes. Chaque fois, il faut augmenter la distance. Pour la préparation, j’ai fait le Mesastila 65km le mois précédent par exemple. Et puis, le BTS 100 était ma 3ème course sur cette distance, et aussi la première fois où je suis allé au bout… J’y ai déjà couru sur un 50km et sur un 70km, je connaissais donc le terrain, ce qui aide à réaliser une bonne course. En Indonésie, il y a souvent des imprécisions ou des erreurs de marquage. Des coureurs finissent souvent par se perdre lors d’une première participation…

LGdB : Et au niveau du régime alimentaire, il faut suivre un protocole particulier ?
V C : Oui évidemment, par exemple, moi, je suis un régime Keto trois semaines avant la course. Je ne prends que des protéines et des graisses, surtout pas de carbo et de sucre, afin d’habituer l’organisme à puiser dans les graisses accumulées. Puis, 3 ou 4 jours avant, là, il faut prendre un maximum de carbo, pour faire des réserves. Ensuite, pendant la compétition, j’ai mangé environ 25 bananes, 4 Pop Mie et des gels qui contiennent du glucose et du fructose, un truc connu des coureurs. Il faut manger toutes les 30mn et boire toutes les 15mn afin d’avoir un apport d’environ 50gr de glucides par heure.

LGdB : J’ai entendu dire que le rawon servi la veille de la course a été fatal à beaucoup…
V C : (Rires) Oui, ça a filé la chiasse à tous ceux qui en ont pris, surtout les Indonésiens, et beaucoup ont abandonné à cause de ça…

LGdB : Quelle est la particularité d’une course de 100km par rapport aux autres plus courtes ?
V C : Je dirais que c’est plus technique, qu’il faut savoir gérer son hydratation. Il faut se forcer à boire, mais pas trop, et ne surtout pas vomir. Ces questions de gestion de son effort et de sa condition physique se posent en fait déjà sur une course de 20km, mais elles deviennent de plus en plus prépondérantes avec la distance qui s’accroit.

LGdB : Pour la gestion de son effort, on a droit à une montre connectée ?
V C : Oui, c’est autorisé, mais moi, par exemple, je n’utilise pas la fréquence cardiaque car la batterie ne tiendrait pas la durée de la course.

LGdB : Et au niveau tactique, y-a-t-il un conseil à donner ?
V C : Ça, c’est selon chacun, personnellement, j’aime bien avoir des gens à doubler, alors je ne pars pas vite. Sur le BTS, je savais cependant qu’au début, il y a une côte qui crée des embouteillages, alors, pour les éviter, j’ai dû démarrer plus vite qu’à mon habitude. Après, je vais doucement jusqu’à mi-parcours….

LGdB : 50km, c’est quand les coureurs ont accès à leurs effets personnels ?
V C : Oui, c’est ça, c’est quand on a accès à son drop bag, une particularité des courses de 100 et 170km. C’est l’occasion d’avoir un ravitaillement avec des affaires qu’on a préparées soi-même. Je me recharge en glucides, je change de t-shirt, de casquette, je mets des lunettes, de la crème solaire, je change les piles de ma lampe pour la nuit, des nouvelles chaussettes, de la vaseline sur les pieds, on peut aussi changer de chaussures si on veut. Un grand moment de confort, très bon pour le moral ! Et c’est reparti…

LGdB : Oui, et c’est reparti avec le plein d’énergie, non ?
V C : Oui, et ce n’est pas volé parce qu’entre 65 et 85km, c’est la portion la plus technique de la course. Vers le 75ème km, c’est là que c’est le plus difficile en général, même si cette année, je n’ai pas eu de surprise, ni de problème au niveau du mental. Et puis, il y a des passages pas faciles, quand on aborde le tour de la caldera en fin de matinée, il fait chaud. Dans les alang-alang, on se perd car il n’y a pas de chemin, sur les crêtes, il y a le vide de chaque côté… On passe des canyons par des échelles en bambou. Et puis, il y a aussi le passage du Batok, cet immense tas de sable qui en démoralise plus d’un…

LGdB : Quel est votre point faible ?
V C : Le plat… C’est d’ailleurs dans la dernière portion de plat sur la fin que le concurrent australien m’a doublé.

LGdB : Qu’est-ce qu’on ressent à l’arrivée ?
V C : L’arrivée, c’est la douleur. Je suis arrivé à 21h00, il faisait froid. Impossible de manger, je suis resté 30mn sous la douche, j’ai toussé toute la poussière de cendres de volcan que j’avais inspirée. Il est impossible de dormir, tout le corps fait mal. Le lendemain, après un petit déj et un massage, ça commence à aller mieux.

LGdB : Votre objectif maintenant ?
V C : J’aimerais bien faire un 170km mais je ne suis pas sûr que l’organisation en Indonésie soit à la hauteur pour une course d’une telle difficulté. Nous verrons, pour l’instant, c’est la saison des pluies qui arrive et celle des courses est par conséquent terminée. Ma course de reprise sera dans doute l’Ijen l’an prochain.

LGdB : Une remarque pour conclure ?
V C : Oui, pour dire que les compétiteurs qui viennent des clubs Hash House Harriers de Bali représentent désormais souvent le plus gros contingent sur les ultra trails d’Indonésie, c’est dire à quel point cela constitue un bon entrainement de base pour ce genre de compétition.

Interview par Eric Buvelot

PARTAGER SUR

PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UNE RÉPONSE