Bouger librement dès le premier jour

PARTAGER SUR

A la naissance, les êtres imparfaits que nous sommes ne sont pratiquement pas équipés en matière de mouvements volontaires. Les seules parties de son corps que le nouveau-né peut contrôler sont les muscles de sa bouche et de sa gorge. Pour quelque obscure raison, l’unique fonction que dame nature lui ait octroyé pour le maintenir en vie relève du domaine de la sphère alimentaire. Pour le reste, bébé ne devra sa survie qu’à l’adulte qui s’occupe de lui.

Or, en seulement douze mois, les capacités du bambin iront d’une coordination motrice quasi-inexistante à la forme de coordination la plus complexe qui soit puisqu’il aura appris à marcher sur ses deux pieds ! Chez l’humain, la coordination des jambes est si stable en position debout que les membres supérieurs sont complètement libres d’effectuer des mouvements complexes et rapides sans que cet équilibre ne soit perturbé. En libérant nos mains, ces magnifiques outils de l’intelligence, nos jambes nous ont fait Humains. Pour finaliser un tel exploit, vous imaginez aisément l’importance du mouvement dès les premiers jours de vie. Malheureusement, bien trop souvent, le nourrisson est emmailloté, gêné par des couvertures ou des vêtements qui inhibent toute velléité de mouvement volontaire.

Alors, je vais oser, je vais écrire une évidence tellement incontestable, qu’elle ferait même pâlir Jacques de Chabannes, seigneur de La Palisse, s’il était encore en vie : un bébé habillé dans des vêtements confortables et libre de ses mouvements fait des progrès fulgurants. Il n’est pas si rare qu’une maman éberluée voit son bébé rouler sur lui-même à seulement trois semaines, lorsque, nu sur sa table à langer, il est enfin libre de bouger. Alors pourquoi l’entraver ? Et que penser de ces pauvres nourrissons affublés de ces petits moufles censés les empêcher de se griffer ? Ils ne peuvent ni exercer la sensibilité de leurs doigts, ni regarder leurs mains bouger. Consternant.

Les premiers muscles que le nouveau-né apprend à contrôler pendant son premier mois de vie sont ceux qui permettent de diriger son regard, lui donnant ainsi la liberté d’observer le monde qui l’entoure. Les lits à barreaux, ou pire encore, les lits en tissus qui obstruent entièrement la vue de votre enfant, sont donc bien évidemment à proscrire. Mais non, bébé ne va pas tomber ! Nous avons la chance à Bali de pouvoir compter sur des artisans prêts à nous fabriquer nos meubles sur mesure. Commandez pour votre enfant un lit assez grand pour lui permettre de bouger, sans barreaux pour lui permettre de voir, assez bas pour qu’il ne se blesse pas plus tard, lorsqu’il sera capable de descendre tout seul, et vous verrez les capacités motrices de votre petit bout s’épanouir aussi largement que ses sourires de plaisir.

Le deuxième mois, les muscles du cou se renforcent et bébé apprend à maintenir sa tête droite sans aide. Si son horizon est libre de tout barreau ou autre obstacle gênant, bébé va pouvoir établir un véritable lien avec son environnement. Cette ouverture du champ de vision de votre enfant est d’autant plus importante qu’il va intégrer les gestes et attitudes accompagnant la parole, ce que l’on appelle la kinésique, en observant et en absorbant les mouvements des adultes qui l’entourent.

Entre le troisième et quatrième mois, bébé exerce les mouvements de ses mains, il concentre son attention sur un objet et apprend à l’attraper. Vers cinq mois, il commence à ramper et ses capacités motrices sont suffisantes pour donner libre cours à sa curiosité et à son grand intérêt pour tout ce qui l’entoure. C’est alors que les parents non informés les sanglent dans un « maxi-cosy » ou autre poussette confortables, dans lesquels bébé ne peut qu’observer, incapable d’atteindre ce qu’il convoite, à moins de s’exprimer à pleurs et à cris. Une grande couverture au sol est le terrain de jeu idéal pour votre enfant. Dès trois mois, avec quelques-uns de ses jouets préférés à portée de main et de vue, bébé à plat ventre va développer ses muscles et son désir d’explorer en gazouillant de joie. C’est d’autant plus sain sur notre île qu’ici personne ne porte ses chaussures en intérieur, le problème de l’hygiène est donc plus facilement gérable.

Vers six ou sept mois, bébé tient assis et il apprend petit à petit à se déplacer à quatre pattes. Etape cruciale dans la construction de sa personnalité, il n’a plus besoin de pleurer ou de crier pour attirer votre attention, ses capacités motrices lui permettent enfin d’approcher maman ou papa quand il en a envie. Le lit bas sans barreau devient alors un atout encore plus évident. Aller dormir n’est plus une punition, un emprisonnement, puisque bébé peut se lever dès son réveil pour rejoindre ses parents. Le moment du coucher et tous ses rituels deviennent bien moins angoissants. A la crèche parisienne où allait ma fille, tous les petits lits étaient bas et les aides maternelles me racontaient comment les enfants parfois, quand ils étaient fatigués, décidaient d’aller se coucher de leur propre initiative. Il n’était pas rare aussi qu’elles les entendent papoter pendant la sieste et qu’elles découvrent deux copains hilares dans le même lit ! Quel beau cadeau que de respecter les rythmes des enfants, quand ils veulent dormir, quand ils veulent jouer, sans leur imposer les pleurs comme seul moyen de se faire entendre.

Normalement, l’enfant commence à marcher sur ses deux jambes entre onze et treize mois. Les membres de la famille acclament avec force joie cet accomplissement incroyable et fulgurant. Pourtant, le champ d’action de notre bipède tout frais est systématiquement restreint par les adultes qui l’entourent. Entre le lit à barreaux, la chaise haute, le « parc », aire limitée par des barrières, la chaise à roulette « youpala », impensable invention qui handicape les progrès moteurs des enfants en plein élan d’apprentissage de la marche, la poussette et le tricycle à poignée poussé par les parents, les occasions pour bébé d’exercer ses muscles enfin maîtrisés restent bien maigres. Tous ces accessoires de la panoplie de la bonne maman française sont certes moins répandus en Indonésie, cependant les enfants sont bien trop souvent dans les bras de leurs parents ou de leurs nannies. Laissez vos enfants marcher, laissez-les se fatiguer, c’est le plus beau cadeau que vous puissiez leur faire. Organisez pour eux un environnement sûr, sans danger, où ils peuvent se déplacer en toute liberté.

PARTAGER SUR

PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UNE RÉPONSE