BAWA : comme un chien dans un jeu de quilles

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Si l’on a suivi l’affaire à travers la presse locale, on a l’impression que BAWA s’est mis à dos toutes les autorités de Gianyar, jusqu’à ce que sa clinique de Lodtunduh (Ubud) soit fermée purement et simplement début octobre par une armada de fonctionnaires de toutes les administrations concernées : le département vétérinaire (Disnak), celui de l’emploi (Tenaga Kerja), l’Agence pour la protection et l’unité du peuple et l’Agence nationale pour la préservation de l’unité sociétale et politique. Le tout mené par les policiers municipaux (Satpol PP), après qu’un troisième courrier leur intimant l’ordre de se conformer au règlement leur eut été envoyé par le kabupaten de Gianyar. Mais quelles sont donc les erreurs commises par cette association qui s’est pourtant révélée de salut public au plus fort de l’épidémie de rage à Bali ?

Selon Gusti Ngurah Bagus, 36 ans, directeur de l’association, Bawa ne possédait pas le permis de construire de la clinique. « Et puis, cette année, la recommandation que nous avions du département vétérinaire est arrivée à son terme. Nous étions bien évidemment parfaitement au courant mais lorsque nous avons commencé à renouveler nos différents papiers, on nous a dit que la recommandation n’était plus valable. Après quoi, les autorités nous sont tombées dessus, se sont mises à tout vérifier et ont invoqué le défaut de permis de construire », explique-t-il. Des autorités qui ont ensuite incriminé le manque d’étude de l’impact environnemental de la clinique et ont constaté « l’échec du site dans la gestion de la pollution solide et atmosphérique. »

« Tout ça, c’est de la politique, poursuit le jeune directeur balinais. Nous ne comprenons pas pourquoi ils sont après nous. » Et puisque les langues sont parfois difficiles à délier ici et que souvent on évite que certaines vérités soient exposées au grand jour, nous n’en saurons pas plus. Gusti Ngurah Bagus rappelle que si la clinique et le service gratuit 24/24h de secours aux animaux sont désormais fermés, l’association Bawa est toujours opérationnelle avec ses programmes d’information et d’éducation de la population au bien-être des animaux. Néanmoins, 70% des activités de cette ONG étaient liées directement à son action sanitaire et médicale grâce à sa clinique et son ambulance pour des interventions rapides. Bawa employait 59 personnes dont 40 uniquement pour ce département vétérinaire.

Un puissant lobby de la viande de chien

« Pourquoi veulent-ils nous fermer ? Pourquoi un service gratuit doit-il être fermé ? », s’interroge Janice Girardi – co-fondatrice de Bawa avec le vétérinaire Dewa Made Dharma – qui déplore avoir désormais à licencier une bonne partie du personnel et restructurer l’association. La pilule est amère pour cette Américaine installée à Bali depuis les années 70 qui a construit la réputation de son ONG sur une farouche opposition au commerce de la viande de chien mais aussi sur son refus des méthodes d’empoisonnement massif au plus fort de l’épidémie de rage. Sans parler de l’action de Bawa contre les combats de pitbulls de plus en plus répandus sur l’île ou contre l’habitude qu’ont les habitants d’enchaîner ou d’enfermer leurs chiens. Le lobby de la viande de chien est puissant ici. « Cela représente 100 000 bêtes tuées par an, dans des conditions inhumaines, dont la moitié sont des chiens errants ramassés dans les rues », explique la pasionaria des canins qui aura très souvent les larmes aux yeux lors de notre entretien.

Depuis fin 2008, Bali n’est plus une île exempte de la rage. « Il semblait que le gouvernement régional était pris complètement au dépourvu. Ils n’avaient pas de solution et ont décidé d’éliminer les chiens purement et simplement », se souvient Gusti Ngurah Bagus. Bawa ne l’entend pas de cette façon et s’organise. « Nous devions vacciner les bêtes autour de nous afin que la maladie ne se propage pas aux humains. Nous avons expliqué notre plan, nous avons obtenu le soutien de l’Organisation mondiale de la Santé et à la suite d’un meeting organisé par Janice entre les autorités de Bali, l’OMS et l’université de Glasgow, ils ont changé d’avis et accepté de passer à la vaccination. L’association World Society for the Protection of Animals a financé le programme », poursuit-il.

280 000 chiens vaccinés au lieu d’être exterminés

« J’ai payé personnellement pour les premières vaccinations. Je leur ai proposé d’acheter et d’importer les vaccins. Nous devions établir un accord afin qu’ils ne recommencent pas à tuer les bêtes après qu’elles ont été vaccinées. Nous avons pu traiter ainsi 48 000 chiens. Nous sommes passés à la vaccination en masse en employant plus de 400 personnes dans toute l’île jusqu’en avril 2011, date à laquelle le gouvernement local a pris le relais », raconte Janice Girardi. 280 000 chiens ont ainsi été vaccinés au lieu d’être exécutés et la maladie a été réduite de 80% parmi les chiens et les humains. Si le gouvernement de Bali n’avait pas le budget au début, les campagnes de vaccination contre cette maladie qui a coûté la vie à 140 personnes à Bali sont depuis financées par la province.

Lorsque l’association Bawa se retire des campagnes antirabiques, elle redéploye ses activités par sa clinique et un programme de stérilisation des chiens des rues, encore une fois pour éviter des exterminations en masse depuis que le gouvernement remonte au créneau en invoquant le trop grand nombre de chiens à Bali. Un mémorandum d’entente apporte une solution et les autorités acceptent les programmes de stérilisation mis en place par Bawa jusqu’à cette année, date de péremption de la recommandation accordée à l’association pour mener à bien ses activités. Depuis, en quelques mois, les problèmes se sont accumulés pour Bawa qui s’est vu ainsi retirer ses prérogatives en matière sanitaire.

Le chien comme héritage culturel et identitaire

Après ce coup dur qui la met en porte-à-faux avec ses donateurs, l’association doit maintenant faire face. Elle s’est mise à redimensionner ses activités en accordant la totalité de ses budgets aux volets concernant l’éducation des populations et la défense des droits des animaux. Sans toutefois abandonner complètement les activités de secours. « Nous allons devoir envoyer les animaux à des vétérinaires locaux mais comme ils sont peu qualifiés, l’idée serait que nous les formions avant et nous construirons ainsi notre réseau sur toute l’île », détaille Janice Girardi.

Bawa est aussi en train de développer des programmes d’information dans 11 banjar afin d’améliorer les relations entre les Balinais et leurs animaux. « Nous avons aussi aidé à la création du premier club canin de l’île avec des animaux de Bawa adoptés par les membres, aujourd’hui au nombre de 42 », s’enorgueillit Janice Girardi. Les villageois les remercient de cette initiative. « Ils commencent à comprendre que les chiens de Bali sont partie prenante de leur héritage, qu’ils font partie de leur culture et de leur identité », poursuit-elle. Bref, ce n’est ni la première ni la dernière fois que l’action d’une ONG irrite des autorités en place, un phénomène qui illustre les différences de perception et de méthode entre officiels et société civile. Et si le rôle actif de Bawa pour le contrôle de la population canine semble pour l’instant bel et bien mis en parenthèses, son rôle éducationnel auprès de la population lui ne fait que continuer. Et c’est pourquoi Bawa a toujours besoin d’être soutenue…

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