BALINAISE DES VOLCANS

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Ces temps-ci, beaucoup d’évènements me ramènent à Nyoman, ma charmante femme de ménage balinaise. Issue d’une famille de paysans des hauteurs de Kintamani, elle est une des benjamines d’une fratrie de dix enfants qui ne mangeaient pas toujours à leur faim, non parce qu’ils ne possédaient rien mais que le paternel buvait et jouait – rien d’original, malheureusement ! Bosseuse et prévoyante comme les montagnards, ma pembantu n’attend rien de personne, ne raconte sa vie que par petits morceaux et ne se confie même pas à sa sœur jumelle, Nyoman2 ! Mais son sourire et son sens de l’humour ne la quittent jamais.

Dix enfants, qui se sont multipliés… ça ne manque ni de vie, ni de soucis ! En juste quelques années, j’ai été témoin d’une ribambelle d’histoires comme celle du neveu qui est né avec un tel bec de lièvre que, Nyoman, qui n’avait pas été prévenue, car ici on se réfugie souvent dans le silence, a failli s’évanouir quand on lui a présenté le bébé ! Heureusement, on a pu le faire opérer gracieusement par la John Fawcett Foundation et il est maintenant resplendissant. Il était temps, car sa mère le délaissait ! J’aimerais profiter de cette occasion pour rendre hommage à John Fawcett qui vient juste de nous quitter…

Nyoman en connait en rayon en matière de jardinage mais aussi de sujets comme la black magic et les empoisonnements – en tant que victime, bien sûr ! Dans les villages, on y a recours quand la réussite de votre voisin vous tape trop sur les nerfs et, éventuellement, qu’on convoite son terrain. Ca n’a rien de régional, toutes les femmes de la campagne m’ont raconté des histoires de ce genre. Ma pembantu est sans état d’âme sur le prix des différents gris-gris, y compris celui qui induit une personne à tomber raide d’amour pour vous. Soit dit en passant, actuellement, Nyoman est bien occupée à aider les nombreux Balinais qui se sont réfugiés à Kintamani par crainte de l’éruption du Mont Agung.

Un autre événement de l’actualité étant l’anniversaire de la traque des communistes dans les années 60, je lui ai demandé si, dans sa région, ils avaient été très affectés par ces conflits. Elle m’a répondu : « C’est à cette époque là que mon père a perdu ses dents… il s’est fait casser la gueule car « on » l’avait pris pour un communiste. En fait, il était ami avec un type dont il ignorait qu’il l’était. Finalement, « ils » ont reconnu leur erreur et lui ont payé un dentier. »

Décidément, à la montagne, on n’est pas à l’abri du mauvais karma…

Nancy Causse

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