MON BALI par Serge Davis

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Pourquoi Bali ?
Je connaissais une certaine Asie depuis 20 ans, Tokyo, Seoul, Hong Kong et Singapour, j’étais consultant dans la mode. Et puis, un jour, j’ai découvert Bali, la beauté et le sourire des Balinais, et j’ai décidé de m’y fixer 8 mois par an en alternance avec Paris.

Vous passez plus de temps à Bali qu’à Paris, est-ce à dire que votre cœur penche plus de ce côté du monde ?
D’abord, mon âge n’existe pas ici, on ne regarde pas les vieux comme en Occident. Tandis qu’à Paris, je me sens parfois un petit vieux quand on se lève de manière très prévenante pour me laisser la place dans le métro, étrange non ? Et à Paris, de manière tout aussi surprenante, je suis plus végétatif, plus consommateur. J’ai aussi l’habitude de dire que mon tour de taille augmente à Paris tandis que mon compte en banque diminue et ici, c’est exactement le contraire. En plein centre d’Ubud, j’entends les coqs, les cigales, les oiseaux, le gamelan, ça me rend serein.

Alors justement, pourquoi Ubud plutôt que Canggu ou Seminyak ?
A Kuta, j’ai été effaré par l’image de la cannette de bière suivie par l’Australien en singlet Bintang ou bien des gens de mon âge avec de jeunes femmes de 20 ans. Ibiza ou South Beach à Miami, ce n’est pas mon truc. Ici à Ubud, je croise des hommes en sarong, je me promène avec délice sur des trottoirs ombragés, c’est calme, tout ferme tôt. La mondialisation d’Ubud est plus douce et plus policée que dans certaines autres agglomérations balinaises.

A quoi occupez-vous vos journées ?
J’aide les gens que j’aime, entre autres une petite galerie de tableaux. Et puis j’organise à titre gracieux aussi des voyages pour mes amis, je leur fais rencontrer mon ami le guide Dolit, un homme qui inspire le bonheur, le pendant balinais du paysan poète français. J’ai trouvé ici une sérénité, le temps ne me semble jamais long même si parfois il m’apparait lent. J’ai une vie sociale riche parce que je vis dans une petite pension depuis mes débuts, je rencontre plein de gens, je suis devenu un peu le confident des propriétaires balinais. C’est pratique de vivre à l’hôtel, non seulement je n’ai pas besoin de plus mais on est à mes petits soins, on me porte le petit déjeuner le matin et en 11 ans, je n’ai jamais fermé ma porte à clef.

Et quand vous quittez votre hôtel de la Jalan Dewi Sita, où vos pas vous portent-ils ?
Presque toujours à RendezVousDoux chez notre ami Thierry Vincent (Jl. Jembawan, la rue de la poste). C’est un endroit où le niveau de conversation est plus élevé que partout ailleurs, on y fait toujours des rencontres et on y mange bien. Et Thierry a ce talent inné de vous soumettre des bouquins qui vous intéressent. Ensuite, j’aime bien papillonner dans la Jalan Gootama, pour moi il y a une petite ambiance à la Saint-Germain-des-Prés, j’aime particulièrement Melting Wok. Dans la seconde partie de la rue, je rends aussi visite à ma masseuse Nur (Nur Massage), magique. Un peu plus loin en continuant dans cette même rue, on trouve une de mes cantines préférées de nourriture vegan, Earth Cafe, dont Liat la propriétaire, une femme exceptionnelle est ma grande amie à Bali. A l’étage, il y a le cinéma Paradiso, un vrai cinéma de quartier à l’ancienne, on y croise des habitués, la programmation alterne films anciens et récents. S’il me reste encore un peu de place, je voudrais mentionner aussi le warung Pulau Kelapa à Sanggingan ou bien D’Sawah à Peliatan.

Donc pour vous, Bali rime avec paradis ?
Ce n’est pas à Bali qu’on va résoudre ses problèmes, il faut apporter son bonheur avec soi. Ce n’est pas le paradis mais l’odeur est assez paradisiaque. En ce moment, l’Agung est inquiétant mais on s’y habitue. Ca me rappelle Tristan Bernard qui venait d’être arrêté par la Gestapo et qui a déclaré  à sa femme sur la route vers Drancy : nous vivions dans la crainte, maintenant nous allons vivre dans l’espoir.

Propos recueillis par Socrate Georgiades

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