Bali: paradis des pédophiles et de la prostitution masculine

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Des articles récents dans la presse australienne et, de façon plus singulière, dans la presse balinaise, ont ressorti des tiroirs de vieux démons qui nuisent régulièrement à l’image de Bali, ou, devrait-on dire, à l’idée que les Balinais se font de Bali. N’en déplaise également aux autorités, qui se refusent tout autant à admettre ces réalités que sont la pédophilie et la prostitution masculine pour les femmes. Ces deux phénomènes condamnables en vertu de la loi indonésienne ne datent pas d’hier et font la Une des journaux de façon récurrente. Entre déni a priori et reconnaissance biaisée des faits ensuite, les autorités morales et politiques du pays induisent toujours le même message en corollaire : le mal vient de l’étranger. Les rubriques « National » et « Média » de la Gazette de Bali ont souvent relayé ces affaires qui défrayent la chronique et permettent alors au sentiment xénophobe de s’exprimer sans vergogne.

Les petits mendiants exploités aussi dans des réseaux pédophiles

Des enquêtes menées par la police australienne sur les pédophiles australiens ont déterminé récemment que l’Indonésie, avec Bali comme porte d’entrée, était devenue la destination numéro un de ces prédateurs sexuels en Asie, devançant aujourd’hui les anciens « paradis » pédophiles que sont la Thaïlande, le Cambodge ou les Philippines. Publiés dans de nombreux journaux de l’île-continent, les conclusions de ces investigations sur les comportements des pédophiles australiens sont aussi valables pour les autres pédophiles occidentaux, affirme le Sydney Morning Herald. Pourquoi ce changement de destination ? Selon le rapport de la police australienne, alors que les pays précédemment cités ont considérablement resserré leur législation et renforcé les moyens de lutter contre ce fléau, seule l’Indonésie n’a rien fait, devenant de fait la destination de prédilection.

Au départ de ces enquêtes, la découverte par les policiers de transferts de cash en direction de l’Indonésie pour des montants variant entre 30, 40 et 50 dollars, effectués par des pédophiles sous surveillance. En vérité, ces envois n’ont évidemment rien à faire avec un quelconque parrainage de familles pauvres, contrairement à ce qu’il est facile d’affirmer comme alibi, mais plutôt avec le règlement de shows pédophiles réalisés par webcam. Traçant les mouvements de ces pédophiles, les inspecteurs savent qu’ils se rendent régulièrement en Indonésie. « Nous savons d’après nos propres enquêtes menées avec la police indonésienne que ces ressortissants sont en contact là-bas avec des gens qui sont en relation avec de jeunes enfants, des membres de la famille… Nous suspectons que ces séances de pay-per-view ont été arrangées, et s’ils aiment l’enfant, ils viennent finalement en Indonésie pour accéder directement à lui  », a expliqué le commandant Chris Sheehan à l’agence Fairfax.

Secret de polichinelle donc, l’idée que les petits mendiants de Karangasem qui arpentent les feux rouges du sud de l’île sont aussi les victimes de réseaux pédophiles est citée dans plusieurs articles de la presse australienne. Le journaliste Michael Bachelard a suivi deux d’entre eux. Les petites Lina, 12 ans, et Lisa, 7 ans, vendent des bracelets tressés dans les rues de Kuta. Selon lui, elles finiront tôt ou tard par tomber sur un de ces prédateurs. Si ce n’est déjà fait. « Un bule m’a déjà promis un boulot une fois que j’aurais fini l’école élémentaire  », lui a affirmé Lina. Elle l’a rencontré il y a quelques années et il paye maintenant pour qu’elle aille à l’école, explique l’article. Puis est cité le témoignage d’Angie Cahyani, une maitresse d’école de l’association Sekolah Harapan Bali, qui s’occupe de scolariser ces enfants des rues, pour qui les exemples de « charité d’un mauvais genre  » sont légion.

Lorsqu’ils ont atteint une douzaine d’années, les petits mendiants des feux rouges de Kuta, n’ont plus le profil de l’emploi, trop vieux pour attendrir les automobilistes coincés dans les embouteillages… Ils seraient alors réorientés vers la prostitution pour les filles, par le biais des salons de massage ou autres. Qui ne s’est jamais fait proposer par un chauffeur de taxi ou un quelconque rabatteur une passe « avec une très jeune fille » ? Et de citer cette maison close spécialisée dans les « écolières » dont on peut facilement trouver le contact sur Internet… Pour les garçons, quand ils deviennent trop vieux, ils rejoignent les Laskar ou les Baladika, ces gangs de voyous organisés qui se répartissent les trottoirs balinais afin de se livrer à toutes sortes d’activités illégales au vu et au su de tout le monde, y compris de la police.

«  Reconnaitre que ces problèmes existent est déjà difficile pour les autorités locales, explique Natalia Perry de l’association Safe Childhoods. Ils ont l’impression qu’ils doivent défendre l’image de paradis de Bali et ça les rend très sensibles sur le sujet.  » La police indonésienne serait aussi désarmée dans ses moyens d’enquête. Elle ne peut investiguer qu’à la condition qu’il y ait une plainte de l’enfant ou des parents. Mais lorsque c’est la famille elle-même qui a peut-être facilité l’acte sexuel délictueux, poursuit l’article du Sydney Morning Herald, il n’y aura pas de plainte. Il y a enfin la perception commune que si de l’argent a été accepté, même par un enfant, il n’y a pas de crime. La police indonésienne est d’ailleurs connue pour ses pratiques de règlement « à l’amiable » agrémenté d’une somme d’argent, comme dans le cas de ce Sud-africain coupable du viol d’une fille de 13 ans. Après son arrestation, la police a arrangé un meeting avec les parents pour qu’ils acceptent un dédommagement et retirent leur plainte ! Notons en conclusion que la commission nationale pour la protection de l’enfance (Komnas PA) vient de révéler qu’elle a enregistré plus de 21 millions de cas de maltraitance sur enfants, essentiellement en relation avec des sévices sexuels, depuis l’année 2010…

Les collégiens gigolos de Kuta

Peut-être encore plus sensible que la pédophilie, le dossier de la prostitution masculine est absolument tabou ici. Est-ce parce qu’il touche à l’orgueil du mâle local ? Ce phénomène est pourtant bien connu et répandu depuis assez longtemps. L’ethnologue français Jean Couteau en avait déjà tracé les contours de façon humoristique il y a 25 ans dans un de ses ouvrages. Une pratique florissante à l’origine auprès de la gent féminine japonaise, mais qui se serait élargie depuis. Le documentaire singapourien « Cowboys in Paradise », sorti en 2010, attestait de l’ampleur actuelle de ce commerce sexuel, ce qui avait valu à son auteur Amit Virmani d’être sérieusement inquiété par les autorités indonésiennes.

Aujourd’hui, c’est un professeur de l’université Udayana qui dresse un constat alarmiste sur ces pratiques dans un article du Bali Post. Oka Negara affirme – parmi ses autres préoccupations que sont la drogue et le sexe entre adolescents avant le mariage – que ce sont désormais des collégiens âgés de 12 à 15 ans qui ont pris pour habitude de se prostituer auprès des touristes la nuit dans les ruelles de Kuta. « Ils demandent des paiements de seulement 50 000 rp à celles qui seraient intéressées par leurs services. Souvent, ils cherchent des touristes saoules et les amènent sur la plage  », explique le docteur. Pire encore, ils ne se servent pas de l’argent ainsi malhonnêtement gagné pour payer leur scolarité, mais pour des achats frivoles et hédonistes !

Outre qu’on se demande s’il peut vraiment y avoir une clientèle féminine pour des garçonnets à peine pubères – oui, c’est vrai, tous les goûts sont dans la nature – on est également en droit de se demander si la description de cet épiphénomène de prostitution de mineurs n’est pas avant tout un moyen d’injecter un nouveau rappel à l’ordre moral et conservateur dans la population. Dans le but de protéger de la décomposition une société balinaise qui serait affaiblie par son contact constant avec l’extérieur ? On pensait l’harmonie de l’île basée sur le principe infiniment sage de l’équilibre entre les forces contraires, mais à la fin, entre la négation des réalités et l’expression de purs fantasmes, les problèmes tant décriés ne font que s’aggraver inexorablement. Et le déséquilibre s’accroit ainsi de la pire manière qui soit.

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