Avec Accor, l’hôtellerie française s’accorde au marché indonésien

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A Bali comme en Indonésie en général, l’hôtellerie est un business qui se porte bien. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, les perspectives de développement sont loin d’avoir atteint leurs limites sur notre île. Dans ce marché juteux en pleine expansion, les labels français jouent leur carte avec brio, à l’image du groupe Accor. Franck Loison, jeune directeur du Pullman Bali Legian Nirwana, mais surtout directeur régional de ce groupe de management hôtelier parmi les plus réputés au monde, en détaille pour la Gazette de Bali le parcours sans faute à Bali…

L’hôtellerie, c’est un métier. Il n’y a qu’à observer les manières sobrement distinguées de Franck Loison pour s’en rendre compte. Savoir accueillir s’apprend d’ailleurs dans les écoles. Ce célibataire de 40 ans originaire de la région parisienne en a fait deux, l’école hôtelière de Paris (Jean Drouant) et aussi celle de Lausanne, à la réputation prestigieuse. Voyageur passionné par l’Asie, c’est tout naturellement qu’il s’est destiné à cette profession et c’est aujourd’hui un homme comblé. Il a quasiment fait toute sa carrière sur le continent asiatique au sein du groupe Accor. « Quand j’étais jeune, je rêvais des hôtels mythiques d’Extrême-Orient, comme l’Oriental de Bangkok, le Peninsula de Hongkong, le Metropole d’Hanoï, ou encore le Raffles de Singapour », nous confie-t-il. Ayant commencé sa carrière à Paris et en Suisse, les pays asiatiques comme la Thaïlande, l’Indonésie, le Cambodge, la Malaisie, n’ont aujourd’hui plus de secret pour lui. Quand à l’Indonésie, il y a dirigé des hôtels à Surabaya, Yogyakarta et bien sûr Bali. Il nous reçoit à déjeuner autour d’une bonne table au Pullman, son établissement situé sur le front de mer de Kuta.

Fidèle au groupe Accor, Franck Loison nous explique qu’il y a gravi tous les échelons, après avoir fait ses classes en restauration comme responsable F&B et avant d’obtenir son premier poste de chef de département pour une courte mission de trois mois en Nouvelle-Calédonie. Il a ensuite fréquenté les riches et célèbres au Sofitel de Siam Rep (Cambodge) lorsque Jean-Jacques Annaud tourne « Les deux frères » et qu’Angelina Jolie vient y adopter ses enfants. C’est là qu’il devient sous-directeur avant de retourner en Thaïlande, au Sofitel de Hua Hin, « un bel hôtel de style colonial qui date de 1920 », précise-t-il. Il a des souvenirs émus de ces deux établissements. « Nous avions là de la belle clientèle, fortunée, exigeante », se souvient-il. Une clientèle plutôt âgée et à fort pouvoir d’achat qui passe l’hiver sous les tropiques et attend chaque semaine le cocktail de la direction de l’hôtel, comme d’autres espèrent dîner à la table du commandant lors d’une croisière.

A la barre du Pullman de la plage de Kuta depuis août 2013, « un gros porteur de 350 chambres » comme on dit en jargon professionnel, Franck Loison est également directeur régional du groupe, une suite logique à sa carrière, affirme-t-il. En cette qualité, il gère sur le terrain la stratégie d’Accor dans cette partie de l’Indonésie. « Nous avons 18 établissements sur la zone Bali-Lombok. Ma fonction est de créer des synergies entre nos enseignes de même catégorie afin qu’elles ne se marchent pas sur les pieds et qu’elles se définissent une stratégie commune », explique-t-il. Le groupe Accor a des hôtels qui vont du luxe à l’entrée de gamme et il convient donc de faire des regroupements logiques entre eux a des fins d’efficacité commerciale et de gestion. Une tâche astreignante pour laquelle il avoue ne pas avoir d’horaire. Les regroupements opérés par Accor se répartissent également en fonction de la géographie des sites : celui de Nusa Dua-Benoa-Sanur, celui de Kuta-Legian-Seminyak et celui de Denpasar-Sunset Road.

Franck Loison effectue également des études de sites pour de futurs développements. Lorsque des propriétaires d’hôtel ou des investisseurs hôteliers contactent Accor pour que ceux-ci en assurent l’exploitation, c’est lui qui étudie la viabilité du projet en amont. « Sur ordre de Jakarta, je vais voir sur place, je rencontre les propriétaires qui veulent s’associer, je fais une étude de marché en somme. Il faut savoir qu’Accor n’est quasiment jamais propriétaire des murs. A fortiori ici. Nous sommes une entreprise de management et nous avons un contrat d’exploitation avec le propriétaire », précise-t-il. D’autant qu’Accor apposera son nom à l’enseigne, selon le niveau de l’hôtel se sera, par ordre décroissant : Sofitel, Pullman, MGallery, Novotel, Mercure et Ibis, pour ce qui concerne le marché indonésien. Accor gère 3600 hôtels sur 5 continents et ouvre un nouvel établissement tous les deux jours.

En 2014, Accord a 18 hôtels en exploitation à Bali mais espère en avoir 31 en 2017. Ce qui nous éclaire sur ce que représente l’avenir touristique de l’île aux yeux des professionnels. Quand on sait que tous les grands groupes hôteliers sont en compétition à Bali, le moratoire sur la construction d’hôtels souhaité par certains n’est pas prêt de voir le jour. Et ce, quoi qu’en disent les politiciens en période électorale… Les projets Accor qui ont déjà débuté sont un Mercure à Legian, un Novotel dans l’aéroport, un Ibis à Petitenget, un Novotel à Seminyak, un MGallery et un Sofitel à Ubud et d’autres encore à Denpasar. Alors, le gâteau des touristes est-il sans fin ? « Il y a eu l’an dernier 9,5 millions de visiteurs à Bali, dont 6 millions d’Indonésiens. Ils arrivent en tête de notre clientèle devant les Australiens et les Chinois, la nouvelle force montante », explique Franck Loison.

Les propriétaires d’hôtels et autres investisseurs ont conscience que la concurrence est sévère. Ils ont donc besoin d’un partenaire de gestion compétent et réputé qui assurera le marketing et fera bénéficier de son réseau. L’amateurisme n’est plus de mise à Bali et les sommes en jeu éliminent petit à petit tous les petits hôtels de famille. Les candidats à l’enseigne Accor doivent construire eux-mêmes leur établissement et payer ensuite un montant d’exploitation technique. Ils sont rémunérés sur le chiffre d’affaires et bien sûr sur les bénéfices. Quand on sait qu’un établissement bien géré marge à 40%, cela suscite des ambitions mais pour avoir sa part du gâteau touristique balinais alors que l’offre de chambres croit plus vite que le nombre de vacanciers, il faut remplir.

« Nos partenaires sont sensibles à l’image de marque Accor même s’ils ne savent pas toujours que nous sommes français. De notre côté, nous nous sommes adaptés au marché local indonésien. L’an prochain, nous aurons 100 hôtels dans tout l’Archipel et nous commençons à explorer l’est du pays. Tout ça s’est fait depuis les dix dernières années. C’est le marché qui a la plus forte croissance en Asie et nous sommes sur le terrain », conclut ce directeur dynamique. Lorsqu’on sait le traditionnel manque de vitalité qui anime les échanges commerciaux entre la France et l’Indonésie, sans vouloir dénigrer les progrès récents et bien réels, il est rassurant de se dire que l’hôtellerie est bien l’exception qui confirme la règle.

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