Asali: vive le bambou, sus aux termites

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Sur la scène mondiale du bambou, Bali s’illustre depuis une vingtaine d’années par quelques très belles réalisations architecturales conçues par Linda Garland, John Hardy ou encore Gil Frey. L’œuvre de ces pionniers a entraîné dans son sillon un vrai engouement pour ce matériau d’avenir même si on utilise depuis toujours le bambou à Bali en raison du peu de bois disponible. On trouve à présent un nombre croissant d’architectes et de décorateurs qui utilisent le bambou aussi bien en matériau de construction qu’en décoration intérieure. Un des derniers venus dans ce monde, c’est Thierry Cayot. Ce Breton de 48 ans s’intéresse particulièrement à la longévité du bambou mis en œuvre dans la construction. Il est persuadé que lorsqu’on pourra proposer au public un matériau d’une durée de vie de 20 ans, l’utilisation du bambou dépassera et de loin le cercle des initiés pour atteindre le grand public.

Selon Thierry, les ennemis du bambou sont clairement identifiés. « Le bambou craint le soleil qui l’assèche et lui fait perdre ses qualités mécaniques. L’une des solutions, c’est de nourrir le bambou très régulièrement avec l’huile de tung, une huile qui provient d’un arbre chinois, c’est un peu contraignant. L’autre ennemi du bambou en extérieur, ce peut être le contact permanent avec l’humidité qui le fait pourrir et attire les champignons. Voilà pourquoi il faut éviter que le bambou soit en contact avec le sol et par ailleurs le traiter avec un antifongicide (à base de cannelle). Si on utilise le bambou en intérieur, on n’a plus qu’à lutter contre le troisième ennemi que sont les insectes xylophages, des parasites du type termite et autres vers à bois. Il faut savoir que les termites se trouvent déjà dans la tige de bambou au moment où on la coupe, à la recherche de nourriture en hauteur pour nourrir leur reine qui se trouve toujours dans la terre. Traditionnellement, à Bali, on traitait le bambou en l’immergeant dans l’eau de mer pendant un mois. Actuellement, les Balinais utilisent du kérosène pour lutter contre les parasites mais outre le fait que c’est cher et toxique, ça n’a qu’une durée de vie d’environ deux ans. L’autre produit couramment utilisé par tous ceux qui mettent en œuvre le bambou, c’est le borax mais son effet est assez limité dans le temps. »

Fort de ses constatations et avec le souci de composer un traitement bio et naturel intitulé Freemite, il a amélioré avec une équipe de chimistes l’effet du borax qui détruit le système digestif des insectes en ajoutant de l’huile de neem. Cette dernière empêche les termites de se reproduire. Enfin, l’équipe a complété ce cocktail avec du camphre, un puissant fumigant naturel qui repousse les insectes. Le dernier secret de fabrication, c’est la nanoémulsion pour que le produit puisse pénétrer au plus profond des fibres. Le produit, au point depuis quelques mois, est actuellement en test chez Sucofindo avant de commencer la commercialisation à grande échelle, des entreprises étrangères ont déjà montré leur intérêt pour ce traitement naturel.

Les ateliers d’Asali sont ouverts au public. On peut y apprendre comment traiter soi-même son bambou pour construire sa maison ou bien acheter directement des chaumes traités. On peut y voir aussi des applications pour la décoration intérieure : du bambou tressé, en lamellé-collé et même un papier de bambou. « Rien de neuf sous le soleil, déclare dans un sourire le chef d’entreprise, juste le nouveau regard qu’on peut avoir sur ce matériau qui offre mille possibilités esthétiques et fonctionnelles. » Avec son équipe d’ouvriers originaires de Bona, un village spécialisé dans le bambou depuis 200 ans, il construit derrière son atelier une maison un peu expérimentale. Pour le sol, il a utilisé des solives en bambou sur lesquelles ses ouvriers ont disposé un plancher lui aussi en bambou. « Pour le toit, en coupant du bambou, on fabrique des lisses à très bas prix. Une charpente de ce genre coûte environ 4 fois moins cher et surtout, on évite d’utiliser des bois qui viennent directement des forêts primaires. »

Ce souci écologique est au cœur de la démarche de cet entrepreneur du XXIème siècle : « réfléchir à comment rendre un business acceptable pour sa conscience, c’est la démarche qui m’habite pour Asali. Avec le bambou, l’empreinte écologique est très réduite, ça m’a redonné goût au commerce. »

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