Asali Bali : pour en finir avec la cabane en bambou

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Ah, le bambou à Bali… Une histoire ancienne, indissociable des traditions balinaises, qui attire aujourd’hui des compétences nouvelles et extérieures à l’île dont La Gazette de Bali s’est fait l’écho à maintes reprises. Surfant sur la vague du vert, ce matériau naturel vit aujourd’hui sa deuxième vie, dans des bâtiments techniquement ambitieux, supposés durables et qui valorisent l’éthique de leurs propriétaires. Oui, le bambou porte avec lui des espoirs de lendemains meilleurs dans ce monde qui gaspille et détruit tout. Avec Asali Bali, une entreprise de construction qui pousse presque aussi vite que son matériau de prédilection, voyons comment l’histoire de cette plante à tige ligneuse est passée du bungalow pour touristes en mal de robinsonnade à des constructions spectaculaires, massives et même industrielles…

Pour Thierry Cayot, Quimperois de 52 ans marié à une Balinaise, le bambou est un des matériaux de l’avenir. Mais attention, il le dit lui-même, construire vert n’est pas une activité de baba-cool, c’est du sérieux. D’ailleurs, ce patron français a un cursus qui parle pour lui : formation en marketing et communication, il a fondé une agence de com à Paris avant de lancer une start-up Internet à l’orée des années 2000 et d’être consultant marketing en ligne. Comment cet urbain en est-il arrivé à construire des édifices en bambou avec les villageois de Blabatuh ? « Tout a commencé à Jepara où j’étais venu m’associer avec un vieil ami qui faisait du meuble dans cette ville de Java. C’est par ce biais que j’ai découvert Bali en 2002 et ça été le coup de foudre », se souvient ce Breton, père de deux enfants. Mais ce n’est qu’en 2006-2007, qu’Asali démarre son activité bambou et tire un trait sur le meuble en tek, en faisant ce constat sans illusion qu’il réitère aujourd’hui devant nous : « Finalement, le bois, ça ne devenait vraiment pas sain. Les gens qui passent au bambou ont une sensibilité sur les problèmes de notre planète. Chaque fois qu’on utilise un bambou, on sauve un arbre. »

Le virage écolo du bambou se fait dans la continuité, avec tout d’abord des collections de meubles et de la déco. Le temps de réfléchir à ce qu’il pourrait faire dans la construction. Il rêve à de grandes structures faites pour durer… Pragmatique, Thierry Cayot, est bien conscient des trois dangers qui menacent le bambou : l’humidité, le soleil et les parasites. A chaque problème, une solution et il sait aussi qu’il doit s’entourer de spécialistes. « Pour des projets d’envergure, le bambou devient un produit très technique. Il faut des calculs d’ingénieur pour les grandes structures et leurs techniques d’assemblage et d’isolation. Nous avons un département Recherche & Développement qui est constamment en train de faire des expérimentations. Nous avons mis au point un antiparasite naturel : Freemite. Notre labo travaille aussi sur d’autres produits, comme la colle époxy, le polyuréthane… », détaille-t-il.

Avec pour ambition de devenir un spécialiste des grandes constructions en bambou, Asali Bali cherche à se positionner sur un créneau ou d’autres se sont déjà essayés. D’ailleurs, Thierry Cayot ne manque pas de rendre hommage aux pionniers du genre sur l’île, comme Linda Garland ou John Hardy. Mais l’idée est maintenant de pousser les techniques un peu plus loin. Asali Bali vient de construire pour Delmango – un ensemble hôtel et villas de Seminyak – un dôme de 16 mètres de diamètre. A Sumbawa, Asali Bali a construit le restaurant Whales and Waves, un édifice de 40 mètres de long. « Ces bâtiments sont l’aboutissement des recherches que nous avons entreprises. Tout ce que nous construisons est fait selon les standards en usage à Singapour et qui sont parmi les plus rigoureux au monde », explique Thierry Cayot.

Ce volet technique, qui permet d’envisager des constructions en bambou bien plus massives que ce qu’on pouvait jusqu’alors imaginer, ne saurait être possible sans l’autre volet essentiel à cette entreprise qui sait combiner les compétences : le savoir-faire balinais. « Les tukang de Blabatuh ont su préserver leurs connaissances et expertises, contrairement aux autres endroits d’Indonésie, à l’exception de Jogjakarta peut-être. En 2014, j’ai été invité au World Bamboo Summit au Vietnam et c’est ainsi que j’ai pu mesurer à quel point le travail du bambou s’était perdu dans le monde. A Bali, la tradition est intacte, je compare souvent ces artisans de Blabatuh à nos Compagnons du Devoir en France », poursuit le patron d’Asali Bali. A Bali, on sait toujours ce que les anciens savaient. Le bambou doit être suffisamment vieux, de la bonne espèce, coupé à la bonne saison, planté à la bonne altitude, sélectionné sur pied, être droit, et enfin choisi en fonction de son utilisation ultérieure. « On utilise le meilleur bambou », résume-t-il.

<img5139|left> Thierry Cayot nous rappelle que les cultures du bambou bénéficient également aux communautés locales puisque elles se situent généralement dans des régions reculées et donnent de l’emploi. D’ailleurs, avec des amis indonésiens, il aimerait bien créer une fédération du bambou dans le but de valider l’existence d’un vrai secteur industriel de ce matériau. « En Indonésie, il y a 6 millions d’hectares de bambou naturel non exploités », précise-t-il. Si la culture du bambou a survécu également à Java et un peu à Lombok, les meilleurs ouvriers sont à Bali. Ici, les tiges sont choisies une par une puis passent par un système de traitement en plusieurs étapes qui incluent lavage, séchage, toilettage, traitement… le tout prenant entre 3 et 4 semaines selon la saison.

Avec les deux derniers projets qui viennent de démarrer, Asali Bali est également passé à la vitesse supérieure. Le premier est au Congo, où un Hollandais vient de confier à l’entreprise de Thierry Cayot la construction d’un ensemble hôtelier complet (Boyoma Eco Lodge) au bout d’une piste de brousse interminable. Préfabriqué à Bali, l’ensemble en bambou sera assemblé sur place par 27 ouvriers balinais. Pas moins de 12 conteneurs de 40 pieds seront acheminés pour ce projet imposant dont la première phase de construction devrait durer 8 mois. « Ce client hollandais a cherché partout dans le monde et c’est chez nous qu’il a trouvé les compétences qu’il souhaitait. C’est un projet très technique », décrit Thierry Cayot avec enthousiasme. L’autre projet est un spa privé pour un milliardaire russe aux Seychelles. L’ensemble, à la silhouette enlevée et pour le moins spectaculaire, fait
900 m². Deux mois et demi seront nécessaires pour sa construction par 12 ouvriers, pour une facture de 900 millions de roupies indonésiennes.

<img5140|right> On le voit, Asali Bali pousse et se ramifie. Une des ramifications envisagées par son patron serait l’application aux bâtiments industriels des techniques de construction en bambou de sa société. « Nous travaillons sur les grandes portées, de nouvelles formes d’assemblages. Nous allons ériger notre nouvel atelier de 16m par 32m sans support intérieur. Ca nous ouvre un champ d’activités nouvelles. C’est très intéressant pour concurrencer les bâtiments industriels en béton et acier. Nous pensons être environ 20% moins chers », explique Thierry Cayot. Et de là à rêver que tous les gudang de Bali et Java soient construits en bambou…

En attendant ce possible développement de sa petite entreprise du bâtiment écolo, Thierry Cayot emploie déjà entre 15 et 60 ouvriers selon les commandes dans son centre de production à Gianyar. Au bureau, on trouve une comptable et une administrative ainsi que deux ingénieurs. Thierry Cayot nous affirme choyer ses employés, qui sont bien payés, bénéficient d’une assurance santé, reçoivent des bonus répartis sur l’année, un pourcentage sur les profits et des primes à l’ancienneté. « C’est une forme d’investissement, une capitalisation, ainsi, les meilleurs ouvriers ont tendance à rester chez nous », nous assure-t-il. Et pour faire face aux défis qui se présentent devant lui en raison du succès rapide d’Asali Bali, Thierry Cayot cherche un investisseur. A bon entendeur…

[www.bamboobali.asia->www.bamboobali.asia], tél. 081 138 86 43, [thierry@asalibali.com->thierry@asalibali.com]

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