LES ANIMAUX PEUVENT-ILS NOUS AVERTIR D’UNE ERUPTION VOLCANIQUE ?

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Avec le mont Agung constamment dans les infos, plusieurs personnes m’ont demandé s’il y avait des indications produites par les animaux anticipant ou répondant à des signes imminents d’éruption du volcan qui domine le paysage de Bali. Les médias locaux et internationaux ont rapporté des anecdotes selon lesquelles des animaux sauvages (incluant singes et serpents) seraient descendus des contreforts de la montagne pour se réfugier dans les maisons…

D’après un des chefs de district, les villageois des environs croient que les bêtes qui descendent vers les villages, jusqu’à trois mois avant une éruption, est un des « sept signes » avant-coureurs. Les zones les plus élevées de la montagne ne sont pas habitées par les humains et, à l’exception des quelques individus à la recherche de frissons qui vont jusqu’au bord du cratère, le sommet du volcan est habituellement un refuge tranquille pour la vie sauvage. Des semaines avant le commencement des activités tectoniques, il y a eu plusieurs feux de forêt assez haut sur le volcan, conduisant certaines personnes à interpréter la fumée qui s’en dégageait comme un signe d’activité du volcan.

Cela peut sembler évident que des animaux de bonnes tailles se précipiteraient en bas du volcan si le sol en dessous d’eux devenait trop chaud pour y rester, ou que les mouvements tectoniques soient trop importants pour qu’ils se sentent en sécurité. Toutefois, quand le volcan Merapi à Java-Centre est entré en éruption pour la dernière fois en 2010, le corps calciné d’un léopard a été découvert dans une des coulées de boues, indiquant que même un prédateur rapide comme celui-ci n’avait pas été assez rapide pour échapper au volcan.

Quelles preuves historiques avons-nous d’animaux actuellement capables d’anticiper des séismes ou des éruptions des jours, voire même des semaines avant qu’ils ne se produisent ? En Grèce, en 337 avant JC, il a été enregistré que « rats, belettes, serpents et millepattes avaient fui leur habitat à la recherche d’une zone sécurisante plusieurs jours avant un tremblement de terre. » Plus près de nous, en 1902, il a été noté que sur l’île de la Martinique, tous les animaux (dont les oiseaux et les reptiles) avaient fui le volcan plusieurs jours avant son éruption, alors que de nombreux habitants étaient restés, faisant 40 000 morts. D’autres anecdotes dans la littérature suggèrent que les mammifères, les oiseaux, les reptiles, les amphibiens et les insectes montrent des comportements bizarres avant un tremblement de terre.

Les chiens de Bali continuent d’errer librement dans les villages déserts
Avant la dernière éruption de l’Agung qui s’est produite en 1963 et qui s’est poursuivi pendant presque une année, il y a eu des histoires selon lesquelles léopards, singes, serpents et autres animaux dévalaient les pentes du volcan. Religion et superstition sont encore des forces culturelles importantes parmi la population balinaise et les concepts de sekala (le monde matériel, tangible) et niskala (le monde spirituel, caché) sont bien présents. Les phénomènes naturels sont interprétés comme des bons ou mauvais présages des choses à venir. Par exemple, les sifflements aigus émis par les émissions de gaz qui s’échappent des flancs du volcan peuvent être perçus comme les hurlements de démons.

Avec des secousses ressenties jusqu’à 40km du cratère, je me demande pourquoi autant d’animaux domestiques restent encore dans les villages. En effet, plusieurs individus et organisations animalières ont risqué leur vie pour sauver les chiens, chats et autres bétails économiquement importants pour les communautés. Les chiens de Bali errent librement dans les villages désertés. On aurait pu imaginer que s’ils avaient cette capacité à ressentir l’éruption à venir, ces animaux (que l’on compte par milliers) auraient donc réagi d’une façon ou d’une autre, probablement en tentant de fuir au plus vite la zone de danger.

C’est sûr qu’il y a un certain nombre de changements qui peuvent alerter un animal sur une modification de son environnement. Par exemple l’inclinaison du sol, des changements dans la qualité ou le sens d’écoulement de l’eau et des perturbations dans les champs magnétiques et électriques pour les bêtes qui y sont sensibles. En outre, des différences même ténues dans la qualité ou la quantité des émissions de gaz potentiellement dangereux (comme le monoxyde de carbone ou le dioxyde de soufre) sortant du sol devraient être détectées par les nez sensibles de certaines bêtes. Les poulets, pigeons et oies devraient être capables de sentir des émissions de gaz radioactif comme le radon avant un événement sismique, et cela devrait les rendre particulièrement agités avant un tremblement de terre. Les abeilles abandonnent leur ruche, les chiens commencent à hurler et les poulets et les vaches sont habituellement crédités de comportements de fuite. On dit que les animaux dans les zoos réagissent aux perturbations tectoniques. Une vieille comptine pour enfants indonésiens donnent le conseil suivant : « Quand les bêtes deviennent folles, cours loin de la mer et va sur les hauteurs. »

Mais que dire de ces histoires d’animaux ressentant une éruption ou un séisme des jours, des semaines ou même des mois en avance ? Les serpents sont supposés être capables de réagir à de très petits changements du champ magnétique de la terre, un argument qui est mis en avant pour justifier le fait qu’ils aient été vus fuyant leurs cachettes ! Une fois encore, ces histoires de serpents envahissant les villages à Bali en préambule à une éruption sont innombrables. Et pourtant, bien que je reçoive de nombreux témoignages de gens voyant des serpents presque chaque jour à cause de mon job de « snake rescuer » et que je ressente les séismes générés par le volcan à seulement 35km, je ne vois aucune corrélation entre le nombre d’appels et l’activité de l’Agung. Peut-être que les rapports que je reçois proviennent de personnes en dehors de la zone de danger ?

Les sens des animaux sont bien plus affûtés que les nôtres
Malgré de nombreux progrès, la volcanologie est encore à ses débuts. Bien que les éruptions et séismes soient plus faciles à prédire que par le passé, l’imprévisibilité de ces cataclysmes est telle que des populations entières se font encore piégées lorsqu’un tsunami déferle ou un volcan explose. Le coût en vie humaine, les dommages matériels et les difficultés économiques qui s’ensuivent peuvent être conséquentes. Il est donc logique de rechercher tous les aspects de mouvements des sols qui pourraient nous aider à mieux anticiper ces événements et prendre des mesures afin d’en réduire les impacts. Pouvoir prédire va sauver des vies, des récoltes, des propriétés, il est donc primordial aussi de surveiller et comprendre les comportements animaliers dans ce contexte. Si les animaux pouvaient nous donner des signes d’une catastrophe imminente, des bâtiments pourraient être évacués à temps et de nombreuses vies pourraient être épargnées. Et les compagnies d’assurance pourraient aussi en bénéficier !

Peut-être qu’une fois que l’activité de la montagne se sera enfin résorbée et que tout soit à nouveau tranquille, on sera à même de découvrir plus au sujet de ce phénomène intéressant de la part des gens qui vivent et parfois restent dans les zones à risques. Je pense que les animaux, qui sont équipés avec des sens bien plus affutés que les nôtres, sont par conséquent bien plus sensibles que nous aux légères modifications de l’environnement.

Enfin, alors que je suis là, assis chez moi, après avoir colmaté les ouvertures contre la poussière volcanique et que je m’attends à ce que les vitres se mettent à trembler à nouveau, le son intense de la musique de gamelan et des prières résonnent de la vallée dans ma direction. Les gens font des offrandes pour apaiser les dieux. Mais mes chiens continuent de dormir tranquillement sur mon pas de porte. J’espère qu’ils auront la faculté de me prévenir si une grosse explosion venait à se produire !

Ron Lilley

Pour toutes questions sur la vie naturelle en Indonésie, posez vos questions par courriel à rphlilley@yahoo.co.uk, ou sur Facebook à « Ron Lilley’s Bali Snake Patrol »

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